Auteurs
Longnecker M.P., M.A. Klebanoff, J.W. Brock, H. Zhou, K.A. Gray, L.L.
Needham et A.J. Wilcox
Titre
Taux sérique de 1,1-dichloro-2,2-bis (p-chlorophényl)
éthylène chez la mère et risque de cryptorchidie,
d'hypospadias et de polythélie chez les descendants de sexe masculin
Source
American Journal of Epidemiology, 155: 313-322, 2002.
Le DDT a commencé
à être utilisé comme insecticide à peu près
au moment de la Deuxième Guerre mondiale, ce produit servant
alors à protéger les militaires contre la malaria, le
typhus et certaines maladies à transmission vectorielle. En 1946,
le DDT est devenu largement utilisé en agriculture aux États
Unis, puis son usage s'est répandu dans d'autres pays. Bien que
plusieurs pays interdisent l'usage du DDT depuis les années 70,
ce produit demeure utilisé dans bon nombre de pays en développement
pour lutter contre les vecteurs de maladies. De plus, comme le DDT et
son métabolite (DDE) résistent à la dégradation,
ils demeurent très répandus dans l'environnement. Chez
les rongeurs, l'exposition à des pesticides anti androgènes
a provoqué l'hypospadias (développement incomplet de l'urètre,
du prépuce et de la face ventrale du pénis, l'orifice
de l'urètre pouvant se trouver n'importe où le long du
corps du pénis, dans le scrotum ou même dans le périnée),
la cryptorchidie (non-descente des testicules) et la polythélie
(présence de mamelons surnuméraires) chez les descendants.
Le développement de l'appareil reproducteur masculin in utero
est hormonodépendant et l'action d'hormones exogènes durant
les périodes critiques du développement pourrait nuire
au développement de l'appareil reproducteur masculin.
Dans la présente
étude, les auteurs ont voulu vérifier l'hypothèse
établissant un lien entre l'exposition in utero à l'anti
androgène DDE et la fréquence de la cryptorchidie, de
l'hypospadias et de la polythélie chez les garçons. Les
sujets faisaient partie du Collaborative Perinatal Project, une étude
prospective sur les troubles neurologiques et d'autres affections chez
les enfants. Des femmes enceintes avaient été recrutées
entre 1959 et 1966, dans douze centres d'étude américains.
Des échantillons de sang ont été prélevés
chez les participantes non à jeun (n = 42 000), à intervalles
de huit semaines durant la grossesse et de six semaines durant le post
partum. Leurs descendants ont été systématiquement
évalués pour déterminer la présence d'anomalies
congénitales et d'autres conditions, jusqu'à l'âge
de 7 ans. Les sujets admissibles, choisis selon un protocole cas témoins
emboîtés, étaient des enfants de sexe masculin vivants
à la naissance, nés lors d'accouchements simples et pour
lesquels on possédait un échantillon de 3 mL prélevé
durant le 3e trimestre. Au total, 219 cas de cryptorchidie, 199 cas
d'hypospadias et 167 cas de polythélie ont été
recensés. Plus de 550 témoins ont été sélectionnés
au hasard de manière à obtenir un ratio témoins-cas
de 2 pour 1. Les taux sériques de DDE chez la mère ont
été déterminés à partir des échantillons
prélevés durant le troisième trimestre, car ceux-ci
étaient les plus complets.
Les résultats ont été analysés par régression
logistique conditionnelle. Plusieurs autres facteurs susceptibles d'avoir
influencé les résultats ont été évalués
et pris en considération durant l'analyse. Quatre points de coupure
équidistants ont été utilisés pour classer
l'exposition au DDE. L'analyse n'a établi aucun lien significatif
entre l'exposition au DDE et la cryptorchidie, l'hypospadias ou la polythélie.
Cependant, la probabilité de polythélie dans le groupe
d'exposition maximale ( 85,6 µg/litre) laisse croire à
un lien potentiel (OR = 1,9; IC à 95 % = 0,9-4,0).
Cette étude
est importante, car elle offre une évaluation précise
de l'exposition. Il s'agit par ailleurs de la première étude
ayant examiné les biomarqueurs de l'exposition chez la mère
et le risque d'anomalies congénitales chez les descendants, les
biomarqueurs étant définis comme des indicateurs d'un
événement se produisant dans un système biologique.
Or les biomarqueurs mesurés en laboratoire augmentent la sensibilité,
la spécificité et la puissance d'une étude visant
à établir un rapport de causalité entre une exposition
et un résultat. Une étude précédente menée
par Hosie et al. (2000) avait mesuré le taux d'organochlorés
dans les lipides chez des enfants devant subir une chirurgie pour corriger
la cryptorchidie, sans toutefois examiner les taux chez la mère.
Peu d'études ont porté sur les effets du DDT sur les anomalies
congénitales. Bien que les résultats de la présente
étude soient limités par le faible nombre de sujets exposés
dans certains catégories d'exposition et qu'ils soient non significatifs,
ils semblent néanmoins établir un lien possible avec la
polythélie. Des recherches plus poussées sur cette question
aideraient à préciser les résultats.