Auteurs
Longnecker, M.P., B.C. Gladen, D.G. Patterson et W.J. Rogan
Titre
Lien entre l'exposition aux biphényles polychlorés (BPC)
et les taux d'hormones thyroïdiennes chez les nouveau-nés
Journal
Epidemiology, 11: 249-254
Sommaire
Les biphényles polychlorés (BPC) forment un groupe de
composés de synthèse qui peut compter jusqu'à 209
congénères chlorés différents. Les propriétés
isolante des BPC et leurs coefficients d'inflammabilité en font
des composés utiles pour la fabrication d'accessoires électriques,
d'équipement de transfert de chaleur et d'équipement hydraulique.
Cependant, des études expérimentales et épidémiologiques
ont démontré que les BPC peuvent altérer les hormones
thyroïdiennes chez les femmes enceintes et leurs descendants. Ces
composés chimiques, de structure similaire aux hormones thyroïdiennes,
interfèrent avec le métabolisme thyroïdien en se
liant aux protéines de transport des hormones thyroïdiennes,
en endommageant la glande thyroïde et par l'induction des enzymes
métabolisant les hormones thyroïdiennes; ils méritent
donc d'être examinés plus à fond. Bien que les BPC
soient interdits d'usage dans la plupart des pays depuis plus de deux
décennies, à cause de leurs effets nocifs sur la santé
et de leur rémanence, ils demeurent décelables chez la
majorité des humains.
Les auteurs de la
présente étude ont sélectionné un sous-ensemble
de sujets à partir d'une étude de cohortes ayant examiné
le lien entre l'exposition aux organochlorés durant les premières
phases de la vie et le développement neurologique et d'autres
effets. La cohorte était composée de 880 femmes de la
Caroline du Nord, qui avaient été exposées à
des niveaux naturels de BPC et avaient donné naissance à
930 enfants entre 1978 et 1982. Plusieurs échantillons avaient
été recueillis pour l'étude initiale, incluant
des échantillons de sérum de la mère prélevés
à deux reprises; des échantillons de lait maternel prélevés
à intervalles multiples, ainsi que des échantillons de
sang du cordon ombilical et de placenta. Les échantillons ont
été recueillis dans des appareils de verre, certifiés
exempts de BPC et de phtalates. Les taux de BPC ont été
mesurés dans les deux ans suivant le prélèvement
des échantillons, et le sérum du cordon a été
conservé à une température de -20 oC. Les sujets
ont été inclus dans la présente étude si
des échantillons de sérum du cordon étaient toujours
disponibles après l'étude initiale (N = 161) et si des
mesures de l'exposition aux BPC étaient disponibles (N = 160).
Les dosages des BPC ont ensuite été faits par chromatographie
en phase gazeuse avec capture d'électrons. La fonction thyroïdienne
a été évaluée à partir des taux de
thyroxine (T4), de T4 libre, de triiodothyronine (T3) et de thyrolibérine
(TRH) dans le sérum du cordon. De plus, afin de faciliter les
comparaisons entre l'exposition en Caroline du Nord et les expositions
observées dans d'autres études, les échantillons
de lait maternel qui avaient été prélevés
chez dix femmes, peu après la naissance, ont été
analysés pour en déterminer la teneur en BPC. Les échantillons
ont été choisis de manière à ce que les
taux de BPC dans le lait couvrent le spectre de la cohorte, du 5e au
95e percentile.
Les résultats n'ont pas démontré de forte corrélation
entre les taux d'hormones thyroïdiennes dans le sérum du
cordon ombilical et l'exposition in utero aux niveaux naturels de BPC.
La correction des données en fonction des variables potentiellement
confusionnelles n'a pas modifié le lien entre le taux de BPC
et les taux d'hormones dans le cordon. Enfin, l'analyse des échantillons
de lait a montré que, dans l'ensemble, les niveaux d'exposition
aux BPC étaient comparables à ceux observés lors
d'une étude précédente menée en Hollande.
Une des forces de
cette étude tient à l'inclusion de mesures de la fonction
thyroïdienne, comme paramètre mécaniste pouvant expliquer
les effets potentiels des BPC sur la santé. Les hormones thyroïdiennes
sont essentielles au développement normal du cerveau in utero
et durant les premières phases de la période post-natale.
Malheureusement, Longnecker et al. ont constaté que, chez plus
de 90 % des sujets, les taux de T3 totale étaient inférieurs
aux mesures prévues, ce qui laisse croire à une décomposition.
Il est donc possible que des mesures erronées limitent les conclusions
de cette étude, car les échantillons dataient de près
de 20 ans au moment où les taux hormonaux ont été
mesurés. Donc, bien qu'intéressants, les résultats
de cette étude ne permettent pas de tirer des conclusions quant
aux effets de l'exposition aux BPC sur la fonction thyroïdienne.