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Auteurs
G. Van Maele-Fabry et J.L. Willems

Titre
" Occupation related pesticide exposure and cancer of the prostate: a meta-analysis "

Journal
Occupational and Environmental Medicine: 60(9): 634-642, sept. 2003.

Sommaire
La prédisposition génétique, l'âge et l'origine ethnique sont considérés comme d'importants facteurs de risque du cancer de la prostate, mais les données sur les facteurs de risque liés à l'environnement et à la profession ne sont pas concluantes. Ainsi, même si des études antérieures ont établi un lien entre les expositions en milieu agricole et le cancer de la prostate, aucune substance précise n'a pu être identifiée. Par ailleurs, même si les données laissent fortement supposer que les pesticides pourraient être des facteurs de risque, ces données sont elles aussi non concluantes. Les méta analyses précédentes des études épidémiologiques réalisées auprès d'agriculteurs semblaient indiquer un risque légèrement plus élevé de cancer de la prostate parmi cette population.

La présente méta analyse avait pour but d'examiner le lien entre l'exposition aux pesticides et le cancer de la prostate chez les agriculteurs et d'autres professions liées à l'utilisation de pesticides. Des recherches documentaires dans les bases de données Medline et POLTOX, durant la période allant de 1995 à septembre 2001, ont permis de recenser 43 études cas-témoins, études de cohortes ou études sur le taux de mortalité proportionnelle. Ont été exclues de la méta analyse les études qui ne présentaient pas les résultats originaux, qui ont porté sur moins de cinq cas, qui étaient basées sur des expositions accidentelles, qui ont examiné des groupes professionnels non visés par la présente analyse et qui n'ont pas été publiées en anglais. Lorsque les études avaient fait l'objet de publications multiples, seul le rapport le plus pertinent a été inclus. Les groupes liés aux professions agricoles (agriculteurs, travailleurs agricoles, préposés à l'épandage et au chargement des pesticides, opérateurs antiparasitaires, pilotes d'avions poudreurs et ouvriers chargés de diriger les pilotes d'avions poudreurs), de même que les groupes exposés aux pesticides en milieu non agricole (travailleurs de pépinières et de serres, préposés à l'entretien paysager, ainsi que préposés à l'entretien chimique des pelouses, des terrains de golf et des parcs) ont été inclus dans la méta analyse. Après exclusions, au total 22 études (dont onze études de cohortes, sept études cas témoins et quatre études sur le taux de mortalité proportionnelle), et les 25 estimations correspondantes du rapport de taux (RT), ont été inclus dans la méta analyse.

Un résumé normalisé des études a été fait, et les estimations des rapports de taux avec leurs intervalles de confiance (IC) à 95 % ont été présentés sous forme de tableaux distincts par les deux auteurs. Les données ont été évaluées afin de déterminer l'homogénéité des études et le biais de publication. Le rapport de taux de la méta analyse (1,13; IC 95 % = 1,04-1,22), calculé en appliquant un modèle à effets aléatoires (à cause de l'hétérogénéité des études) à l'ensemble des 22 études sur le cancer de la prostate dans les professions liées à l'utilisation de pesticides, semblait indiquer une faible association. Aucune différence significative dans le RT regroupé n'a été observée après exclusion des études sur le taux de mortalité proportionnelle, lesquelles sont généralement considérées comme des études de faible qualité. Le rapport de taux calculé dans la présente méta analyse est en outre compatible avec les résultats de trois méta analyses antérieures qui ont porté sur des études publiées avant 1995. Enfin, l'analyse de sensibilité visant à déterminer les effets des études produisant des RT extrêmes, d'un haut niveau de précision, de l'inclusion d'études antérieures redondantes ou d'études dont la valeur du RT regroupé a été estimée à partir de moins de cinq cas, n'a révélé aucun changement significatif.

Les sources possibles d'hétérogénéité entre les études ont été examinées au moyen d'une analyse de sous-ensembles utilisant les facteurs suivants : plan d'étude (étude de cohortes, étude cas-témoins ou étude sur le taux de mortalité proportionnelle), emplacement géographique (États-Unis/Canada, Europe ou autres), données sur les résultats (incidence de cancer ou mortalité par le cancer), origine de la population de référence (pour les études de cohortes : taux nationaux/régionaux; pour les études cas témoins : témoins choisis parmi des sujets hospitalisés, des personnes atteintes de cancer ou la population en général), présence ou non de l'effet du travailleur en bonne santé (lequel se traduit par un taux de mortalité ou d'incidence plus faible que prévu pour l'ensemble des cancers) et catégorie professionnelle (opérateurs antiparasitaires et agriculteurs). La stratification en fonction du plan d'étude, des données sur le résultat, de l'origine de la population de référence ou de la catégorie professionnelle n'a révélé aucune homogénéité. En revanche, la stratification selon l'emplacement géographique et le plan d'étude a réduit sensiblement l'hétérogénéité. De plus, les rapports de taux regroupés pour l'Europe ont été, dans l'ensemble, inférieurs à ceux calculés pour les États-Unis et le Canada. Parmi les raisons susceptibles d'expliquer ces écarts, mentionnons les risques liés au style de vie nord-américain (consommation de gras, obésité), la sensibilité génétique, la perturbation endocrinienne (les androgènes et les œstrogènes ont tous deux une incidence sur la croissance et la régulation de la prostate) et les interactions entre ces facteurs. La stratification en fonction de la présence ou non de l'effet du travailleur en bonne santé a révélé une diminution marquée de l'hétérogénéité dans le groupe chez qui cet effet était absent. Il convient toutefois de noter que l'effet du travailleur en bonne santé devrait avoir une incidence minime sur le risque de cancer de la prostate, car les patients atteints de ce cancer sont habituellement des personnes âgées et que l'effet du travailleur en bonne santé a tendance à diminuer avec l'âge. L'estimation du rapport de taux regroupé a révélé une hausse sensible du risque (sans relation dose-effet) chez les opérateurs antiparasitaires, mais non dans la catégorie plus générale des agriculteurs. Aucune donnée indiquant un biais de publication n'a été recensée.

L'inclusion d'autres groupes d'exposition aux pesticides, l'examen des sources d'hétérogénéité, l'évaluation du biais de publication et la cohérence des résultats obtenus avec ceux de méta analyses antérieures sont autant de facteurs qui ajoutent à la rigueur de la présente méta-analyse. Cependant, celle ci comporte aussi certaines lacunes, dont les principales sont liées au caractère inadéquat des méthodes d'évaluation de l'exposition et des mesures utilisées pour tenir compte de l'effet des variables confusionnelles. Enfin, en raison des connaissances limitées sur les facteurs de risque du cancer de la prostate et des renseignements insuffisants sur les variables confusionnelles potentielles, par exemple la prédisposition génétique, seuls les effets de l'âge et de la période ont été neutralisés dans les études.

Bien que les données semblaient indiquer une faible association entre les groupes exposés aux pesticides et le cancer de la prostate, d'autres recherches plus ciblées devront être réalisées pour déterminer les agents précis liés au cancer de la prostate. Les études épidémiologiques futures devront chercher à améliorer la qualité des données et les stratégies d'évaluation de l'exposition. Il est particulièrement important de recueillir des données précises, notamment sur la fréquence, la durée, etc., afin de pouvoir quantifier l'exposition et ainsi examiner le rapport de causalité et les relations doses effets entre l'exposition professionnelle aux pesticides et le cancer de la prostate.

 



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