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Auteurs
Maffini MV, Rubin BS, Sonnenschein C, Soto AM.

Titre
"Endocrine disruptors and reproductive health: The case of bisphenol A"

Journal
Molecular and Cellular Endocrinology 2006, 25:179-186

Sommaire
Au cours des dernières années, différents rapports scientifiques ont mis en lumière le rôle potentiel des polluants environnementaux dans l’augmentation de l’incidence du cancer du sein, de la prostate et des testicules, la diminution de la capacité de reproduction des hommes et l’altération du développement neural des nourrissons et des enfants. De récentes données expérimentales montrent que l’exposition au bisphénol A (BPA) pourrait avoir des effets nocifs sur la santé. Cependant, malgré de vastes données expérimentales, la controverse persiste quant aux effets de faibles doses de BPA sur la santé génésique des humains. Le présent article propose une revue des plus récentes études qui ont publiées sur les effets du BPA sur le système reproducteur des hommes et des femmes et sur la glande mammaire, en ciblant plus particulièrement les effets associés à de faibles doses pouvant se comparer à l’exposition réelle chez les humains.

Après un bref survol de la controverse concernant les « effets à faibles doses » en général et ceux liés plus particulièrement au BPA, les auteurs soulignent le caractère généralisé de l’exposition au BPA, imputable à l’omniprésence de cette substance dans l’environnement, et ils notent que de faibles doses de BPA dans le sang, le placenta et le lait de la mère peuvent provoquer des effets nocifs permanents chez les descendants. Ils discutent ensuite du mécanisme d’action de faibles doses de BPA sur la morphologie et la physiologie des voies génitales des hommes et des femmes, du système reproducteur et de la glande mammaire, en mettant en relief les liens entre cette substance chimique et la formation ultérieure de lésions néoplasiques.

Les auteurs se sont intéressés principalement à de récentes conclusions selon lesquelles l’exposition du fœtus à de faibles doses de BPA provoque une diminution du poids de l’utérus associée à une augmentation de la synthèse de l’ADN dans l’épithélium glandulaire de l’endomètre, ainsi que l’expression des récepteurs des œstrogènes (RO) et des récepteurs de la progestérone (PR) dans l’endomètre. Selon les auteurs, les conséquences de ces changements pourraient se manifester ultérieurement, par une modification de la réceptivité de l’utérus aux hormones endogènes dans différentes conditions physiologiques ou pathologiques ou par une prédisposition des tissus aux pathologies et à la carcinogenèse.

Un certain nombre d’autres résultats indiquent que l’exposition périnatale à des doses de BPA susceptibles d’être présentes dans l’environnement peut avoir une incidence sur le développement de la glande mammaire chez la souris. Ainsi, une hausse significative du pourcentage de canaux galactophores et de canaux terminaux et du nombre de bourgeons alvéolaires, une altération du remodelage des bourgeons terminaux, ainsi qu’une réaction anormale à l’œstradiol ont été observées à différentes périodes, après l’exposition du fœtus à de faibles doses de BPA.  Maffini et coll. ont conclu que les changements dus au BPA pourraient contribuer au risque de formation de lésions néoplasiques dans la glande mammaire, car la prolifération des bourgeons terminaux et des canaux terminaux a été associée à une hausse de la carcinogenèse chez les rongeurs et les humains.

Par ailleurs, de nombreuses études font état d’un important gain de poids, d’une maturation sexuelle avancée, d’une perturbation de la régularité du cycle œstral et d’une altération du processus de différenciation sexuelle chez les descendants mâles et femelles d’animaux qui avaient été exposés à de faibles doses de BPA. Qui plus est, l’augmentation du poids corporel et l’altération du cycle œstral, observés chez les descendants femelles, ont persisté longtemps après l’arrêt de l’administration de BPA et la fin de l’exposition. Bien que les mécanismes sous‑jacents ne soient pas parfaitement connus, ces résultats pourraient s’expliquer par une perturbation du processus de développement des gènes ou par une altération de l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique chez les femelles exposées au BPA. Selon des données récemment publiées, une interaction entre le composé et les zones du cerveau responsables du dimorphisme sexuel, durant les périodes critiques du développement sexuel, pourrait perturber le développement et la différenciation sexuels. Durant la discussion de ces résultats, les auteurs insistent sur le fait que l’altération permanente de la cyclicité de l’œstrus chez les femelles exposées au BPA pourrait limiter la fécondité future et le succès global de la reproduction.

Un certain nombre d’études sur le développement de rongeurs mâles ont révélé que l’exposition prénatale à de faibles doses de BPA avait augmenté la distance ano-génitale et la taille de la prostate chez les nouveau‑nés mâles et causé une malformation de l’urètre ainsi qu’une diminution du poids de l’épididyme. À l’âge adulte, ces animaux ont présenté une diminution de la production de spermatozoïdes et de leur qualité et une hypertrophie de la prostate. Certaines données portent à croire que ces effets auraient été causés par une expression accrue des récepteurs des androgènes dans le stroma de la prostate, ainsi que par une perturbation induite par le BPA de la différenciation cellulaire dans le stroma péritubulaire. Une étude récente indique également que le BPA a provoqué une augmentation globale du volume du canal prostatique, attribuable à la prolifération des cellules épithéliales basales. Les auteurs formulent l’hypothèse que les effets observés pourraient avoir une incidence sur la fécondité et pourraient expliquer les changements dans la maturation du système reproducteur mâle et l’apparition de maladies, ultérieurement durant la vie.

En résumé, Maffini et coll. concluent, à la lumière des nouvelles données, qu’une exposition à de faibles doses de BPA durant les premiers stades du développement a des effets persistants sur la différenciation de la glande mammaire et sur une variété de paramètres de la reproduction, effets qui pourraient avoir une incidence sur la santé génésique des hommes et des femmes et contribuer à l’apparition plus précoce ou à une incidence accrue de maladies, ainsi qu’à l’altération de la maturité sexuelle, de la fécondité et de la fertilité. Ainsi, des données scientifiques établissent notamment un lien entre une exposition à de faibles doses de BPA et une augmentation du risque de cancer du sein, de la prostate et des testicules. Ces conclusions appuient la théorie controversée selon laquelle l’exposition au BPA (et à d’autres contaminants imitant l’action des hormones sexuelles), en de faibles doses comparables à celles susceptibles d’être présentes dans l’environnement, durant les premiers stades du développement humain, pourrait avoir des effets négatifs sur la santé génésique et la fécondité des hommes et des femmes. Enfin, ce rapport de recherche fait ressortir un important aspect des études sur la perturbation du système endocrinien, à savoir que les humains sont exposés à une variété de perturbateurs endocriniens dont l’action s’exerce par de multiples voies différentes, à différents stades du développement. Cette observation met en lumière plusieurs besoins en matière de recherche qui devront être comblés : 1) de nouvelles méthodes et de nouveaux outils scientifiques peuvent et doivent être élaborés, pour approfondir notre compréhension scientifique des effets des perturbateurs endocriniens sur la détérioration de la santé génésique des humains et de la faune; 2) de nouvelles approches chimiques et biochimiques doivent être mises au point pour mieux comprendre le mécanisme d’action des xénoestrogènes en regard de leurs effets à faibles doses et 3) l’exposition doit être examinée à différents stades du développement, afin de préciser les périodes précises de sensibilité aux différents perturbateurs endocriniens, seuls ou combinés. Enfin, il reste aussi à préciser les mécanismes par lesquels l’exposition in utero au BPA provoque les effets nocifs qui ont été observés dans les diverses études.

 



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