Auteurs
Mendola P, L.K. Robinson, G.M. Buck, C.M. Druschel, E.F. Fitzgerald,
L.E. Sever et J.E. Vena
Titre
" Birth defects risk associated with maternal sport fish consumption:
potential effect modification by sex of offspring "
Revue
Environmental Research, 97(2): 134-141, 2005
Sommaire
La consommation de poissons contaminés provenant de la pêche
sportive pratiquée dans les Grands Lacs entraîne l'exposition
à une variété de substances toxiques, parmi lesquelles
figurent des produits chimiques comme les biphényles polychlorés
(BPC) et les dibenzodioxines polychlorées (PCDD) et divers pesticides
dont le dichloroéthane (DDE), l'hexachlorobenzène et le
mirex. Ces produits chimiques sont lipophiles et ont tendance à
faire l'objet d'une bioaccumulation lorsqu'il y a exposition prolongée.
Ils peuvent en outre traverser la barrière placentaire et exposer
ainsi le ftus à des substances susceptibles d'avoir un
effet perturbateur sur le système endocrinien. Enfin, leurs effets
tératogènes observés chez des animaux de laboratoire
et des espèces fauniques soulèvent des inquiétudes
quant à leurs incidences sur la santé humaine.
La présente
étude avait pour but d'évaluer le lien entre la consommation
de poissons de pêche sportive par la mère et le risque
d'anomalies congénitales majeures. Elle est basée sur
une étude qui a été menée en 1991 auprès
d'une cohorte de pêcheurs à la ligne de l'État de
New York pour évaluer les effets potentiels sur la reproduction
et le développement de la consommation de poissons de pêche
sportive contaminés. Cette cohorte était composée
de pêcheurs à la ligne âgés de 18 à
40 ans, qui étaient titulaires d'un permis de pêche, qui
vivaient dans l'un des seize comtés de l'État de New York
bordant les lacs Érié et Ontario et qui ont répondu
au questionnaire de l'enquête. L'analyse a porté sur les
2 237 premiers nés des membres de la cohorte, dont la naissance
a eu lieu entre juin 1986 et juin 1991 et pour lesquels on possédait
des données complètes sur l'exposition, les effets observés
et les variables confusionnelles. L'exposition au poisson de pêche
sportive a été évaluée à l'aide d'une
méthode basée sur la fréquence de consommation,
sur la base des données fournies par les mères de la cohorte.
L'exposition a ensuite été répartie comme suit
: nulle (groupe de référence), inférieure ou égale
à un repas par mois, et deux repas et plus par mois durant la
grossesse, cette dernière catégorie représentant
une exposition aiguë. La durée de l'exposition a été
définie comme le nombre d'années pendant lesquelles la
mère a consommé du poisson de pêche sportive entre
1955 et l'année de naissance de son premier né, cette
donnée représentant la charge corporelle chronique. La
durée d'exposition ainsi calculée a été
répartie entre les trois catégories suivantes : nulle
(groupe de référence), consommation de poissons contaminés
pendant cinq ans ou moins et consommation de poissons contaminés
pendant six ans et plus. Le recensement des enfants présentant
des anomalies congénitales a été fait à
partir des dossiers médicaux des nouveau nés et du registre
des anomalies congénitales de l'État de New York (New
York State Congenital Malformations Registry). Aux fins de la présente
étude, un cas a été défini comme tout cas
inscrit dans le registre ou toute observation dans le dossier médical
d'un nouveau-né confirmant la présence d'une anomalie
congénitale (CIM-9 740.0 à 759.9), après application
des critères d'exclusion du Metropolitan Atlanta Congenital Defects
Program pour les anomalies mineures.
Au total, 125 cas
(5 %) présentant des anomalies congénitales majeures ont
été recensés. L'analyse n'a révélé
aucune relation significative entre la consommation de poissons de pêche
sportive par la mère durant la grossesse et le risque d'anomalies
congénitales majeures. Cependant, après stratification
des données en fonction du sexe, le risque d'anomalies congénitales
a triplé chez les enfants de sexe masculin nés de femmes
ayant consommé deux repas et plus de poissons de pêche
sportive par mois, durant leur grossesse. Aucune relation similaire
n'a été établie chez les enfants de sexe féminin.
Par ailleurs, l'analyse en fonction de la durée de consommation
de poisson de pêche sportive n'a révélé aucune
relation significative avec les anomalies congénitales.
Dans l'ensemble,
cette étude n'a établi aucun lien significatif entre la
consommation de poisson de pêche sportive par la mère et
le risque d'anomalies congénitales. Elle a cependant révélé
un risque plus élevé chez les enfants de sexe masculin
que ceux de sexe féminin, aux mêmes taux d'exposition.
Il s'agit là d'un effet biologiquement plausible, compte tenu
de l'importance des androgènes ftaux dans le développement
des enfants de sexe masculin et des effets perturbateurs sur le système
endocrinien de certains composés chimiques présents dans
le poisson contaminé de pêche sportive. Un certain nombre
d'études ont examiné l'issue de la grossesse en fonction
de la consommation de poisson par la mère; la plupart de ces
études n'ont révélé aucun effet significatif
sur la mort du ftus ou sur le poids et la taille à la naissance,
et seuls des effets modestes sur le délai avant la conception
ont été rapportés. La présente étude
est la première en Amérique du Nord ayant précisément
examiné la relation entre la consommation de poisson de pêche
sportive et les anomalies congénitales, la consommation de poisson
par la mère ayant été évaluée à
partir des réponses à un questionnaire plutôt qu'en
utilisant une variable substitutive basée sur la région
géographique. Il a cependant été impossible d'évaluer
les risques associés à un produit chimique en particulier.
De plus, l'absence d'information sur le profil de contamination réel
des poissons de pêche sportive consommés par les femmes
durant leur grossesse, de même sur la période à
laquelle le poisson a été consommé, constitue une
limite de l'étude. Le fait d'avoir restreint l'analyse aux anomalies
congénitales majeures représente une autre limite, car
cette restriction a eu pour effet d'exclure la cryptorchidie, une anomalie
que l'on associe à l'exposition à des perturbateurs endocriniens.
Enfin, l'analyse n'a porté que sur les enfants ayant survécu
à des anomalies congénitales majeures, de sorte qu'aucune
donnée n'a été recueillie sur les avortements spontanés
ou les interruptions volontaires de grossesse, limitant d'autant les
résultats obtenus.