le site d'information sur la perturbation endocrinienne




Auteurs
Ohlson, C.G., Hardell, L.

Titre
Lien entre le cancer des testicules et les expositions professionnelles, notamment l'exposition aux xéno-œstrogènes contenus dans les plastiques polychlorure de vinyle

Journal
Chemosphere, 40: 1277-1282 (2000)

Sommaire
La cryptorchidie (rétention des testicules dans la cavité abdominale) est le seul facteur de risque bien établi du cancer des testicules. D'autres ont formulé l'hypothèse que des facteurs prénatals joueraient un rôle dans la pathogenèse du cancer des testicules, d'où l'intérêt porté depuis quelque temps à l'étude du rôle des produits chimiques œstrogéniques dans la pathogenèse de cette maladie. Bien que cette hypothèse soit controversée, des produits chimiques œstrogéniques ont été mis en cause dans d'autres troubles de la reproduction chez l'homme, notamment l'incidence accrue d'hypospadias et de cryptorchidie et la diminution de la numération des spermatozoïdes. Le présent article vient étayer le lien entre des produits écotoxiques à action hormonale et le cancer des testicules, en s'appuyant sur une étude bien conçue et robuste sur le plan statistique sur l'association entre l'exposition au polychlorure de vinyle (PVC) et cette forme de cancer.

Le PVC contient plusieurs produits chimiques œstrogéniques, notamment des phtalates qui sont largement utilisés comme plastifiants. Or plus de 30 phtalates ont des propriétés œstrogéniques. Notons également les additifs bisphénol A et nonylphénol, qui sont des xéno-œstrogènes connus et qui sont utilisés comme antioxydants dans les plastiques.

Ohlson et al. ont mené une étude cas-témoin sur le lien entre les expositions professionnelles et le cancer des testicules. Les sujets atteints de cancer des testicules étaient des hommes de 30 à 75 ans, qui ont été inscrits dans le Registre du cancer de la Suède entre 1989 et 1992. Au total, 163 cas ont été recensés, dont 109 cas de séminome testiculaire et 54 cas de cancer embryonnaire; 363 sujets témoins ont aussi été sélectionnés à partir du Registre de la population de Suède, les témoins choisis étant ceux dont le numéro d'enregistrement de naissance suivait celui des sujets expérimentaux. Les sujets expérimentaux et témoins sont donc nés la même année; ce critère est toutefois le seul facteur d'appariement entre les sujets expérimentaux et témoins. Un questionnaire postal de 22 pages a été distribué pour recueillir des renseignements sur les antécédents professionnels complets et des expositions précises. Les questionnaires ont été examinés par une infirmière diplômée et ils ont été suivis, au besoin, d'une interview téléphonique effectuée en aveugle. Les résultats de cette étude font état d'un risque accru de cancer des testicules chez les travailleurs du plastique (OR = 2,9; IC = 1,3-1,6), l'exposition au PVC étant tout particulièrement associée à un risque nettement plus élevé de cancer des testicules (OR = 6,6; IC = 1,4-32). Après élimination des sujets atteints de cryptorchidie, la valeur du OR est passée à 14 (IC = 1,7-114) pour l'ensemble des cancers des testicules et à 10,0 (IC = 1,2-87), après élimination des cas d'orchite. La répartition des sujets expérimentaux en deux groupes, entre ceux exposés aux doses cumulatives les plus faibles et les plus fortes, semble indiquer une relation dose-effet pour le PVC. Six des sept sujets exposés souffraient de séminome; chez les sujets atteints de cancer embryonnaire, l'exposition cumulative a été faible. Le séminome se manifeste chez des sujets plus âgés que le cancer embryonnaire ce qui, selon les auteurs, augmenterait la probabilité d'un lien avec l'exposition professionnelle. Aucune hausse significative du risque de cancer des testicules, ni relation dose-effet, n'a été observée avec d'autres types de plastiques. Enfin, selon d'autres analyses, l'exposition à l'huile pour transformateur et aux insectifuges a été plus fréquente chez les sujets expérimentaux (tous souffrant de séminome) que chez les témoins.

Ohlson et al. soulèvent toutefois plusieurs questions liées à l'interprétation de leurs résultats. Ils soulignent d'abord le caractère imprécis de la relation complexe entre les xéno-œstrogènes, leurs métabolites, le 17-ß-œstradiol, les récepteurs des œstrogènes et les cellules testiculaires d'origine tumorale. Ils notent ensuite que, même si ces substances chimiques ont des effets œstrogéniques prouvés, elles sont beaucoup moins puissantes que l'hormone naturelle, le 17-ß-œstradiol. Enfin, il est possible que les mécanismes en cause dans ces deux types de cancer diffèrent. Ainsi, le cancer embryonnaire touche principalement des sujets plus jeunes et dépend de facteurs hormonaux qui interviennent très tôt durant l'enfance; à l'inverse, l'incidence du séminome est maximale chez les sujets plus âgés, ce qui laisse croire à un effet possible de l'exposition professionnelle. Cette étude comporte toutefois plusieurs limites importantes, qui tiennent notamment à l'absence de mesures directes de l'exposition aux contaminants ainsi qu'à la nature rétrospective de l'étude dont les résultats dépendent de la mémoire du répondant et s'appuient sur des questionnaires à remplir soi-même, lesquels sont reconnus pour leur faible qualité. Les résultats de cette étude sont néanmoins instructifs et utiles à la formulation d'hypothèses, ainsi qu'à l'orientation des recherches futures.


 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
info@emcom.ca