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Auteurs
Perera, F.P., V. Rauh, W. Tsai, P. Kinney, D. Camann, D. Barr, T. Bernert, R. Garfinkel, Y. Tu, D. Diaz, J. Dietrich et R.M. Whyatt

Titre
" Effects of transplacental exposure to environmental pollutants on birth outcomes in a multiethnic population "

Journal
Environmental Health Perspectives, 111 (2): 201-205, 2003

Résumé
Les femmes enceintes peuvent être exposées à un certain nombre de contaminants très répandus dans l'environnement, dont certains pesticides et hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) reconnus pour altérer, modifier ou simuler les effets des œstrogènes. Les HAP sont un groupe de plus de 100 produits chimiques différents, qui se forment durant certains procédés industriels et lors de la combustion incomplète des combustibles fossiles, du mazout, du gaz et autres substances organiques, comme le tabac ou la viande grillée sur le charbon de bois. Les hormones sont essentielles au développement normal du fœtus et on ignore si le fœtus peut s'adapter à des variations du milieu endocrinien. On sait par contre que les risques d'issues défavorables de la grossesse sont plus élevés dans certains groupes minoritaires vivant en milieu urbain, lesquels sont en outre plus susceptibles d'être exposés à la pollution atmosphérique ambiante, à la fumée secondaire du tabac et aux pesticides. La présente étude avait pour but de déterminer s'il y avait un lien négatif entre, d'une part, l'exposition prénatale à des polluants environnementaux et, d'autre part, le poids, la taille et le périmètre crânien à la naissance, après correction des données en fonction des effets, sur la croissance du fœtus, de déterminants physiques, biologiques et toxiques connus.

Les sujets de l'étude étaient des Dominicaines et des Afro américaines vivant dans les quartiers de Washington Heights, Central Harlem et South Bronx, de New York. N'étaient admissibles que les femmes non fumeuses âgées de 18 à 35 ans, non porteuses du VIH, ne souffrant ni de diabète, ni d'hypertension, et ayant vécu dans la région pendant au moins un an. Les chercheurs ont réalisé des entrevues personnelles avec chaque femme, pour recueillir des données démographiques et des renseignements sur leur style de vie et leur régime alimentaire. Ils ont aussi demandé aux femmes de porter, pendant deux journées consécutives durant le troisième trimestre de leur grossesse, un petit sac à dos qui contenait un moniteur individuel recueillant les vapeurs et les particules d'un diamètre inférieur à 2,4 microgrammes, à l'intérieur d'une cartouche de mousse polyuréthanne avec filtre en microfibres. Les femmes devaient porter les sacs à dos durant le jour et placer le moniteur près de leur lit, durant la nuit. Les échantillons recueillis ont par la suite été analysés pour en déterminer la teneur en HAP. Les auteurs ont vérifié le respect de ces consignes, au moyen de détecteurs de mouvement placés de façon aléatoire à l'intérieur des sacs à dos de certaines femmes; 85 % du nombre total de mouvements détectés l'ont été durant les heures de non-sommeil. Des mesures de contrôle de la qualité ont aussi été mises en place pour assurer l'exactitude du flux, du débit et de la période de collecte de l'information et l'intégralité des données. Les taux plasmatiques de chlorpyrifos ont été déterminés à partir d'échantillons de sang prélevés de la mère moins d'une journée après l'accouchement, ainsi que du cordon ombilical au moment de l'accouchement. Enfin, les données sur la croissance du fœtus ont été obtenues du dossier médical de chaque enfant après l'accouchement; parmi ces données, mentionnons l'âge gestationnel à la naissance, la date d'accouchement, le sexe du bébé, le poids à la naissance, les complications durant l'accouchement et la prise de médicaments par la mère durant la grossesse.

L'analyse finale a porté sur 263 femmes pour lesquelles on possédait des données de surveillance prénatale individuelle valables, pouvant servir à mesurer les taux de HAP, ainsi que des échantillons de sang prélevés du cordon ou de la mère, un questionnaire dûment rempli, des données sur l'issue de la grossesse et des données de surveillance de haute qualité. Les femmes qui fumaient au moment de l'étude, et dont le taux de cotinine était supérieur à 25 ng/mL, ont été exclues.

La totalité des femmes ont présenté des taux décelables d'au moins un HAP. Après correction des données en fonction de plusieurs autres facteurs, les auteurs ont observé une corrélation significative entre les taux de HAP et une diminution du poids à la naissance (p = 0,02) et du périmètre crânien (p = 0,04) chez les Afro américaines, ce qui s'est traduit par une réduction du poids à la naissance (9 %) et du périmètre crânien (2 %), attribuée aux HAP. Par ailleurs, le pesticide organophosphoré chlorpyrifos a été associé à une diminution du poids à la naissance (p = 0,01) chez les Afro américaines et une diminution de la taille (p = 0,003) chez les Dominicaines.

Cette étude a permis de faire une évaluation rigoureuse de l'exposition grâce à l'utilisation de moniteurs personnels et à la mesure de biomarqueurs sériques. Les résultats obtenus sont importants, car d'autres études ont démontré que le faible poids à la naissance et la diminution du périmètre crânien à la naissance ou durant la première année de vie étaient associés à une baisse du Q.I. et du rendement scolaire. Notons toutefois que certains facteurs pourraient limiter le caractère généralisable de ces résultats. Premièrement, les taux mesurés grâce aux moniteurs personnels ne l'ont été qu'une seule fois; or il est possible que le niveau d'exposition des femmes ait grandement fluctué tout au long de la grossesse. Deuxièmement, l'étude n'a porté que sur un petit échantillon, et les liens observés chez ces femmes appartenant à des groupes minoritaires à faible revenu pourraient ne pas s'appliquer à des femmes dont la culture, l'origine ethnique et la situation socio économique diffèrent.

 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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