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Auteurs
Schreinemachers, D.M.

Titre
" Birth malformations and other adverse perinatal outcomes in four U.S. wheat-producing states "

Journal
Environmental Health Perspectives, en ligne, le 1er avril 2003

Résumé
Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les herbicides de type chlorophénoxy sont utilisés pour lutter contre les dicotylédones. Aux États-Unis, la majeure partie du blé de printemps et du blé dur est cultivée au Minnesota, au Montana, dans le Dakota du Nord et le Dakota du Sud, et les herbicides utilisés dans ces cultures sont essentiellement de type chlorophénoxy. Or des données épidémiologiques semblent indiquer que ces herbicides pourraient être associés à des effets nocifs sur la reproduction chez les humains. Il convient toutefois de préciser que les données en question présentent des contradictions et que le mécanisme d'action de ces substances reste à préciser. Ainsi, certaines études expérimentales attribuent des effets tératogènes au 2,4-D, un herbicide chlorophénoxy, tandis que d'autres semblent indiquer que ce produit agirait en perturbant les hormones qui jouent un rôle déterminant durant le développement. Dans la présente étude, Schreinemachers a utilisé les superficies consacrées à la culture du blé comme mesure approximative de l'exposition aux herbicides chlorophénoxy et a examiné le lien entre cette exposition et plusieurs effets nocifs sur la reproduction, notamment les anomalies congénitales, les accouchements prématurés et le faible poids à la naissance.

Des données sur plus de 40 000 nouveau-nés et nourrissons, recueillies entre 1995 et 1997, ont été couplées aux fichiers sur les naissances et les mortalités infantiles du National Center for Health Statistics. Les données sur les superficies en culture par État, comté et type d'herbicide utilisé ont été tirées du recensement mené en 1992 par le département américain de l'Agriculture. Seuls les comtés du Minnesota, du Montana, du Dakota du Nord et du Dakota du Sud, dont au moins 50 % de la population vivait en régions rurales et dont au moins 20 % des terres étaient consacrées à la culture, ont été choisis pour l'étude. Les comtés ont été désignés, puis ils ont été répartis en fonction du niveau d'exposition, lui-même déterminé selon qu'il s'agissait d'une région à faible ou forte production de blé. D'autres facteurs susceptibles d'avoir eu un effet sur l'issue de la grossesse ont aussi été pris en compte dans l'analyse, entre autres l'âge de la mère, le niveau de scolarité, l'état matrimonial, le rang de naissance, les soins prénatals, les antécédents d'accouchement prématuré ou de faible poids à la naissance, la consommation d'alcool durant la grossesse, le sexe de l'enfant et la période de conception (entre avril et juin ou autre période). Les auteurs ont aussi utilisé une méthode statistique (équation d'estimation généralisée) pour tenir compte de la corrélation possible entre les effets observés, à l'intérieur des comtés.

Les résultats font état d'un risque accru d'avoir des enfants qui présentent un certain nombre d'anomalies congénitales appartenant à des catégories générales ou précises. Lorsqu'on examine l'ensemble des naissances (masculines et féminines), on constate que les anomalies des appareils circulatoire et respiratoire (CIM-9 745-748) et des systèmes musculo-squelettique et tégumentaire (CIM-9 754-757) ont été nettement plus élevées dans les grandes régions productrices de blé que dans les régions à faible production (OR = 1,65; IC à 95 % = 1,07-2,55; OR = 1,50; IC à 95 % = 1,06-2,12 respectivement). Les anomalies s'inscrivant dans les sous-catégories poly/syn/adactylie (OR = 2,43; IC à 95 % = 1,26-4,71) et " autres " anomalies des systèmes circulatoire/respiratoire [(CIM-9 747-748) (OR = 2,03; IC à 95 % = 1,14-3,59)] ont elles aussi été plus nombreuses dans les grandes régions productrices de blé. Lorsqu'on examine uniquement les descendants de sexe masculin, on note une augmentation des " autres " anomalies des systèmes circulatoire/respiratoire (OR = 2,05; IC à 95 % = 1,02-4,09) et de l'ensemble des anomalies des systèmes circulatoire/respiratoire (OR = 1,83 (1,06-3,14). Dans le cas des enfants de sexe féminin, les anomalies des systèmes musculo-squelettique et tégumentaire ont été plus nombreuses (OR = 1,62; IC à 95 % = 1,01-2,60). Enfin, la mortalité infantile due à des anomalies congénitales a été beaucoup plus forte chez les bébés de sexe masculin nés dans de grandes régions productrices de blé (OR = 2,66; IC à 95 % = 1,52-4,65), mais aucune hausse significative n'a été observée pour ce qui est des autres issues de la grossesse, comme l'accouchement prématuré ou le faible poids à la naissance, quel que soit le sexe de l'enfant.

Bien que ces résultats laissent croire à une augmentation de certains types d'anomalies congénitales, plusieurs lacunes doivent être mentionnées. Premièrement, l'utilisation d'un facteur écologique (superficie consacrée à la culture du blé) pour mesurer l'exposition laisse croire que les différences dans les anomalies congénitales pourraient se situer au niveau régional, et non individuel. Il est en outre possible que le niveau d'exposition ait varié considérablement d'une personne à une autre, selon que les personnes étaient à l'extérieur au moment des pulvérisations et selon leur durée de résidence dans une région " exposée ". Deuxièmement, on ignore la validité de la méthode qui consiste à regrouper les anomalies congénitales en fonction de la classification du système organique. Différentes anomalies peuvent en effet avoir des causes différentes. Malgré tout, la large taille de l'échantillon est un avantage de cette étude, dont les résultats sont en accord avec ceux observés par Garry et al. (1996) au Minnesota. À la lumière de ces résultats, il apparaît nécessaire de poursuivre les études sur la toxicologie de ces substances durant le développement, aux niveaux d'exposition présents dans l'environnement.

 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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