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Auteurs
Sugiura-Ogasawara M, Ozaki Y, Sonta S, Makino T, Suzumori K.

Titre
"Exposure to bisphenol A is associated with recurrent miscarriage"

Journal
Human Reproduction 2005; 20(8):2325-9

Sommaire
Le bisphénol A (BPA) est un perturbateur endocrinien à action estrogène qui entre dans la composition de nombreux produits, notamment les plastiques polycarbonates, les  résines époxydes, les scellants dentaires et bon nombre d’autres produits présents dans l’environnement. Des populations du monde entier y sont donc exposées. Or des expériences réalisées sur des animaux ont révélé des altérations dans le développement postnatal et la maturité sexuelle des descendants de souris gravides qui avaient été exposées au BPA. De plus, l’administration quotidienne de BPA chez les souris a provoqué une aneuploïdie méiotique qui fut définie comme l’une des causes des avortements spontanés à répétition. Les données sur les humains étaient toutefois contradictoires.

La présente étude avait pour but d’évaluer le lien entre l’exposition au BPA chez des femmes enceintes et la manifestation d’avortements spontanés à répétition. L’association entre les taux sériques de BPA et certaines anomalies endocriniennes et immunologiques a aussi été examinée. Le groupe expérimental a été formé de 45 patientes qui avaient subi au moins trois avortements spontanés consécutifs durant le premier trimestre et qui avaient été suivies à l’hôpital universitaire de Nagoya, entre août 2001 et décembre 2002. Des échantillons de sang ont été prélevés à jeun chez toutes les patientes, lesquelles ont été soumises à divers examens, dont les suivants : hystérosalpingographie, analyses immunologiques à la recherche d’anticorps antinucléaires (AAN) et d’anticorps antiphospholipides (aPL), activité des cellules NK et analyses sanguines pour le dépistage du diabète sucré, de l’hypothyroïdie et de l’hyperprolactinémie. Les patientes qui présentaient une anomalie utérine, de même que les cas d’aberrations chromosomiques chez l’un ou l’autre partenaire, ont été exclus. Le groupe témoin a été formé au total de 32 employées en bonne santé de l’hôpital, incluant des médecins, des infirmières et des secrétaires qui n’étaient pas enceintes et qui n’avaient pas d’antécédents de naissances vivantes, d’infertilité ou d’avortements spontanés. Les sujets ont fait l’objet d’une évaluation prospective ayant pour but d’évaluer l’issue de la grossesse et d’établir le caryotype des fœtus avortés.

Les taux sériques de BPA des sujets expérimentaux ont été comparés à ceux des témoins; de même, les taux de BPA chez les patientes ayant mené leur grossesse à terme ont été comparés à ceux des femmes qui avaient subi un avortement spontané, avec ou sans caryotype embryonnaire anormal et avec ou sans hypothyroïdie, aPL, AAN et hyperprolactinémie. Les corrélations avec les caractéristiques endocriniennes et immunologiques ont aussi été examinées. Le taux sérique moyen de BPA ± l’écart‑type (2,59 ± 5,23) a été nettement plus élevé chez les sujets expérimentaux que chez les témoins (0,77 ± 0,38). Cependant, même si les patientes qui avaient fait une fausse-couche présentaient un taux de BPA supérieur au taux mesuré chez les femmes ayant mené leur grossesse à terme, la différence n’était pas statistiquement significative. Quatre caryotypes anormaux ont été observés chez les 13 fœtus avortés analysés. Enfin, les taux de BPA ont été nettement plus élevés chez les patientes positives à l’ANA que chez les patientes négatives, mais aucune association similaire n’a été établie entre les patientes avec ou sans hypothyroïdie, hyperprolactinémie (anomalie de la phase lutéale) ou aPL.

En résumé, cette étude indique qu’une exposition élevée au BPA peut être associée à des avortements spontanés à répétition, en particulier chez les patientes positives aux ANA. Il convient toutefois de préciser qu’un taux sérique élevé de BPA n’est pas le seul prédicteur d’avortements spontanés à répétition. En effet, des anomalies chromosomiques chez le produit de conception ont été soupçonnées dans 40 à 70 % des avortements spontanés sporadiques, l’aneuploïdie étant une cause particulièrement importante. Par ailleurs, même si des données scientifiques indiquent que le produit de conception présentait un caryotype anormal dans environ 10 à 50 % des avortements spontanés à répétition, la cause des avortements à répétition demeure imprécise dans plus de 50 % des cas. L’âge des femmes est un autre facteur qui joue un rôle déterminant dans le taux d’avortements et le taux d’aneuploïdie, ce dernier diminuant avec le nombre d’avortements. À la lumière des renseignements précités, les auteurs de la présente étude croient que 18 % des avortements spontanés à répétition ont été causés par des anomalies chromosomiques embryonnaires et que les taux sériques élevés de BPA pourraient en être la cause. La petite taille de l’échantillon constitue toutefois une limite de cette étude qui, dans l’ensemble, indique un lien entre l’exposition au BPA et les avortements spontanés à répétition chez les humains.

 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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