Auteurs
Swan S.H., R.L. Kruse, F. Liu, D.B. Barr, E.Z. Drobnis, J.B. Redmon,
C. Wang, C. Brazil, J.W. Overstreet et The Study for Future Families
Research Group
Titre
" Semen quality in relation to biomarkers of pesticide exposure "
Journal
Environmental Health Perspectives, version en ligne, le 18 juin 2003
Sommaire
Selon certains, la spermatogenèse qui donne lieu à
la production des spermatozoïdes pourrait être une des cibles
des perturbeurs endocriniens, car elle est sous contrôle hormonal
étroit. Des études épidémiologiques semblent
en outre indiquer des différences régionales dans la qualité
du sperme, mais le rôle de l'environnement - s'il en est - demeure
imprécis. Il a ainsi été démontré
que l'exposition professionnelle à certains pesticides modifie
la numération et la qualité des spermatozoïdes, mais
le mécanisme d'action en cause demeure incertain. C'est le cas
notamment d'études menées à Columbia (Missouri),
qui ont révélé que la concentration en spermatozoïdes
de même que la motilité des spermatozoïde étaient
moindres chez des hommes provenant de régions agricoles que chez
des sujets vivant en régions urbaines [Los Angeles (CA), Minneapolis
(MN) et New York (NY)]. La présente étude avait pour but
de vérifier l'hypothèse voulant que des pesticides fréquemment
utilisés dans le centre du Missouri, mais peu utilisés
dans des comtés urbains, contribuaient aux différences
observées dans la qualité du sperme.
Les sujets ont été
choisis entre 1999 et 2001 parmi les participants à l'étude
The Study for Future Families, les hommes étant les partenaires
de femmes enceintes inscrites à un centre de soins prénatals.
Les hommes et les femmes ont eu à remplir un questionnaire et
à fournir des échantillons de sang. Les hommes ont ensuite
subi un examen physique et on leur a demandé de fournir deux
échantillons de sperme (à 24 heures d'intervalle) et des
échantillons d'urine. La presque totalité des échantillons
de sperme ont été analysés dans les 45 minutes
suivant leur prélèvement, puis on a procédé
aux analyses d'urine, en vue de déceler la présence de
métabolites de huit pesticides non rémanents fréquemment
utilisés au Missouri. Après correction en fonction de
la période d'abstinence, les sujets ont été répartis
entre les cas - définis comme les hommes dont la concentration
moyenne en spermatozoïdes était inférieure à
la moyenne de la population - et les témoins, c'est à
dire ceux dont la concentration moyenne en spermatozoïdes était
supérieure à la moyenne de la population. Au total, des
métabolites ont été décelés chez
86 hommes, dont 50 provenaient de régions rurales du Missouri
(25 cas et 25 témoins) et 36 des régions urbaines du Minnesota
(9 cas et 27 témoins). Dans ces deux États (Missouri et
Minnesota), le taux de recrutement a été de 27 %.
Des métabolites
des pesticides alachlore, diazinone, atrazine et métolachlore
ont été décelés plus souvent chez les hommes
du Missouri que ceux du Minnesota. À l'inverse, les métabolites
3,5,6-trichloropyridinol (dérivé des composés d'origine
chlorpyrifos et chlorpyrifos méthyle) et 4-nitrophénol
(dérivé du méthylparathion) ont été
détectés plus souvent chez les hommes du Minnesota.
Au Missouri, les
concentrations dans l'urine des métabolites de l'alachlore (p
= 0,0007), de l'atrazine (p = 0,01) et de l'acétochlore (p =
0,04), ainsi du métabolite IMPLY (dérivé de la
diazinone) (p = 0,0004), ont été sensiblement plus élevées
chez les hommes dont le sperme était de faible qualité
que chez les témoins. Ce fut par contre l'inverse dans le cas
de l'acétochlore, présent en plus faibles concentrations
chez les cas que chez les témoins (p = 0,04). L'analyse a par
la suite été répétée en excluant
16 hommes qui présentaient au moins un facteur de risque d'une
diminution de la qualité du sperme - incluant la cryptorchidie,
le tabagisme, des antécédents de MTS ou de stérilité,
des épisodes récents de fièvre, l'âge (sujets
âgés de plus de 40 ans) et la race (sujets non de race
blanche) - aucune variation substantielle n'a été observée
dans les résultats. Enfin, au Minnesota, aucune différence
significative n'a été observée entre les cas et
les témoins, quant aux taux de métabolites mesurés.
Les auteurs ont
poussé l'analyse plus à fond et réparti les taux
mesurés de métabolites en deux (faible et élevé)
ou trois (faible, moyen et élevé) groupes. Au Missouri,
les hommes chez qui les taux de métabolites de l'alachlore étaient
modérés (OR = 6,3; IC à 95 % = 1,3-29,4) et élevés
(OR = 30; IC à 95 % = 4,3-210) ont été plus susceptibles
d'avoir un sperme de faible qualité que les hommes présentant
de faibles taux. De même, un odds ratio plus élevé
a été observé chez les hommes affichant des taux
moyens (OR = 10; IC à 95 % = 2,0-49,2) et élevés
(OR = 16,7; IC à 95 % = 2,8-98,0) du métabolite IMPLY
et ceux dont l'urine avait une forte teneur en atrazine (OR = 11,3;
IC à 95 % = 1,3-98,9) que chez les hommes présentant de
faibles taux des mêmes métabolites.
Alors qu'au Minnesota
aucun lien significatif n'a été établi entre les
pesticides étudiés et quelconque paramètre lié
à la qualité du sperme (concentration, morphologie et
motilité des spermatozoïdes), une relation négative
a été observée dans le groupe du Missouri entre
les herbicides alachlore et métolachlore et la morphologie des
spermatozoïdes, ainsi qu'entre le métabolite IMPLY et la
concentration en spermatozoïdes. Il convient toutefois de noter
que les lacunes statistiques (absence de distribution normale des paramètres
liés à la qualité du sperme, même après
transformation logarithmique) limitent la pertinence de ces résultats.
Par ailleurs, en
raison de la très forte corrélation entre les métabolites,
les associations ne sont pas indépendantes et il est possible
que les résultats obtenus soient dus à des expositions
multiples. Les auteurs ont donc évalué les expositions
concomitantes à plusieurs pesticides, selon une échelle
de 0 à 5, et ils ont constaté que le risque d'une diminution
de la qualité du sperme était nettement plus élevé
chez les sujets exposés à un nombre de métabolites
variant de deux à cinq que chez ceux qui n'avaient été
exposés à aucun métabolite ou qu'à un seul
(OR = 3,4; IC à 95 % = 2,0-25,5), au Missouri. Cette association
n'a pas été observée au Minnesota.
Cette étude
est une des premières à démontrer des liens entre
des biomarqueurs précis de l'exposition aux pesticides et la
qualité du sperme. Ces résultats doivent toutefois être
interprétés avec prudence, entre autres à cause
du faible taux de participation (27 %) qui pourrait avoir introduit
un biais et aussi de la nature imprécise des effets estimés.
Il est en outre difficile de tirer des conclusions d'études épidémiologiques
au cours desquelles il y a eu exposition à de multiples composés
potentiellement toxiques, dont le mécanisme d'action est similaire
ou différent. Il est néanmoins important de poursuivre
ces études afin de mieux examiner le lien entre l'exposition
aux pesticides et la qualité du sperme, étant donné
l'usage répandu de ces pesticides en agriculture.