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Auteurs
Swan S.H., C. Brazil, E.Z. Drobnis, F. Liu, R.L. Kruse, M. Hatch, J.B. Redmon, C. Wang et J.W. Overstreet, The Study For Future Families Research Group

Titre
" Geographic differences in semen quality of fertile U.S. males "

Source
Environmental Health Perspectives, 111(4): 414-20, 2003

Sommaire
Un article publié en 1992 par Carlsen et al., et laissant croire à une diminution de la qualité du sperme à l'échelle mondiale, a déclenché une série d'études visant à mesurer la qualité du sperme dans bien des pays. Dans cet article, Carlsen semblait établir un lien entre la diminution de la qualité du sperme à l'échelle mondiale et la hausse concomitante de l'utilisation de produits chimiques anthropiques à action œstrogène. Cette analyse faite par Carlsen, de 61 articles portant sur la qualité du sperme, a toutefois suscité une vive controverse en raison de ses lacunes sur le plan méthodologique et statistique. Les différences observées entre les divers laboratoires, au niveau des méthodes de prélèvement et d'analyse du sperme, des périodes d'abstinence et du choix des sujets, ont en effet rendu difficile l'évaluation des tendances mondiales. Comme l'étude de Carlsen portait sur des données recueillies sur une période de 50 ans dans un grand nombre de pays différents, certains ont proposé que les résultats soient attribuables à des variations géographiques dans la qualité du sperme. De fait, bon nombre d'études subséquentes ont aussi fait état de variations géographiques dans la qualité du sperme, même entre des régions d'un même pays.

Pour étudier plus à fond la qualité du sperme aux États-Unis, les auteurs Swan et al., en collaboration avec le Study for Future Families Research Group, ont recruté des sujets dans des cliniques de soins prénatals de Los Angeles (Californie), Minneapolis (Minnesota), Columbia (Missouri) et New York (New York). Pour ce faire, une méthode normalisée de sélection a été utilisée, les sujets choisis étant les partenaires masculins d'une femme qui consultait une clinique de soins prénatals dans les villes à l'étude. Ont été exclues les femmes ayant eu recours à des techniques de procréation médicament assistée et les sujets âgés de moins de 18 ans. Les techniciens de laboratoire de chaque clinique ont assisté à une séance de formation commune, avant de procéder aux analyses du sperme. Les échantillons de sperme ont été obtenus à la clinique, après une période d'abstinence recommandée de deux à cinq jours. Des questionnaires ont également été remis aux couples pour recueillir des données sur la race, le niveau de scolarité, la consommation de tabac, l'indice de masse corporelle (IMC), les antécédents de fièvre dans les trois mois précédant le début de l'étude, la prise de stéroïdes, ainsi que les antécédents de maladies transmissibles sexuellement, de cryptorchidie et autres problèmes génitaux.

Au total, les analyses statistiques ont porté sur 493 hommes, dont 176 du Missouri, 124 de la Californie, 155 du Minnesota et 38 de l'État de New York. La race des sujets a varié d'un centre à un autre, seulement 23 % des sujets étant de race blanche en Californie, contre 86 % au Minnesota et au Missouri. Les sujets de la Californie étaient également moins instruits, tandis qu'un plus grand nombre de sujets du Missouri étaient des fumeurs (13 %).

C'est au Missouri que la concentration moyenne de spermatozoïdes a été la plus faible (58,7 millions/mL) et à New York qu'elle a été la plus élevée (102,9 millions/mL). Par contre, aucune différence significative n'a été observée entre les différents centres, quant au volume de sperme ou à la proportion de spermatozoïdes de morphologie normale. Après modélisation multivariable des données avec incorporation dans le modèle des données sur la race, l'âge, le tabagisme, les antécédents de fièvre et de MTS et autres paramètres, c'est toujours au Missouri que la concentration de spermatozoïdes a été la plus faible et à New York qu'elle a été la plus forte. De même, la proportion de spermatozoïdes a été plus élevée dans l'État de New York qu'au Missouri.

L'étude comporte plusieurs points forts, notamment en raison de son plan prospectif et des efforts faits en vue d'uniformiser la méthodologie et l'analyse du sperme entre les centres. Il contient toutefois de souligner que le taux de participation a varié d'un centre à un autre, le nombre de sujets étant relativement faible à New York (n = 38), comparativement aux trois autres centres (Missouri : n = 176; Californie : n = 124; Minnesota : n =155). Cependant, comme les concentrations en spermatozoïdes ont également été beaucoup plus élevées en Californie et au Minnesota qu'au Missouri, il est probable que cette variation géographique soit fondée, mais elle pourrait être due à des différences socio-économiques et non environnementales. Des différences significatives ont aussi été observées au niveau de la race, les sujets de Los Angeles étant pour la plupart d'origine hispanique, tandis qu'ils étaient principalement de race blanche dans les trois autres centres. On ne sait pas dans quelle mesure les différences raciales influent sur la qualité du sperme, mais ces différences pourraient être à la base des variations géographiques dans la qualité du sperme observées dans différents pays. Enfin, une proportion plus élevée de fumeurs a été observée chez les sujets du Missouri et le tabagisme est une autre variable qui a été associée à une diminution de la numération des spermatozoïdes.

Selon les auteurs, les concentrations moins élevées de spermatozoïdes chez les hommes de Columbia (Missouri), qui est une région rurale contrairement à New York ou à Los Angeles, pourraient être dues à la présence de l'industrie agricole et à l'exposition aux pesticides. Malheureusement, le questionnaire remis aux participants de l'étude ne contenait pas de questions sur les antécédents professionnels, ni sur l'exposition aux pesticides ou à d'autres produits chimiques. Donc, d'autres études devront être menées avant de pouvoir attribuer cette variation géographique dans la concentration en spermatozoïdes à une exposition accrue à des pesticides, plutôt qu'à des facteurs socio-économiques, en régions rurales.

 



© Droits d'auteur Centre McLaughlin, Institut de recherche sur la santé de la population, Université d'Ottawa
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