Auteurs
ten Tusscher, G.W., P.A. Steerenberg, H. van Loveren, J.G. Vos, AEGK
vondem Borne, M. Westra, J.W. vander Slikke, K. Olie, H. Pluim et J.G.
Koppe
Titre
" Persistent hematological and immunological disturbances in Dutch eight-year-old
children associated with perinatal dioxin exposure "
Journal
Environmental Health Perspectives, version en ligne, le 14 mai 2003
Sommaire
Les dioxines forment une famille de composés issus principalement
de la combustion de produits naturels, comme le bois et les combustibles
fossiles, et des procédés d'incinération municipale
et industrielle. Comme les dioxines sont des composés persistants
qui ont tendance à s'accumuler dans les tissus adipeux, l'exposition
chez les humains résulte essentiellement de la consommation de
viande, de produits laitiers et de poisson. Des études sur des
animaux ont révélé que les dioxines peuvent causer
un large éventail d'effets immunotoxiques, incluant la suppression
des réponses immunitaires à médiation humorale
et cellulaire et une baisse de la résistance aux infections.
En 1994, Pluim et al. ont observé une diminution du nombre de
thrombocytes et de granulocytes liée à une exposition
périnatale aux dioxines, chez une cohorte de bébés
hollandais âgés de 11 semaines. Huit ans après l'étude
menée par Pluim, ten Tusscher et al. ont voulu vérifier
l'hypothèse selon laquelle il y aurait toujours suppression de
la fonction immunitaire, chez les enfants de cette cohorte qui ont été
exposés à des taux plus élevés de dioxines
durant la période périnatale.
Pour cette étude
continue, 27 paires mères-enfants ont été choisies.
Les enfants sélectionnés étaient des enfants nés
de femmes de race blanche bien alimentées (âgées
en moyenne de 29,2 ans), qui avaient l'intention d'allaiter pendant
au moins deux mois. Les taux de dioxines ayant déjà été
mesurés par Pluim et al. (1994), la concentration en dioxines
dans le lait maternel peu après l'accouchement a été
utilisée comme mesure du taux d'exposition prénatale.
L'exposition cumulative postnatale a été déterminée
en multipliant la concentration de dioxines dans le lait maternel par
la quantité de lait maternel ingérée durant la
période d'allaitement. Chaque femme devait tenir un registre
durant toute la période d'allaitement, lequel a servi à
valider l'exactitude des données. Aux fins de la présente
étude, des antécédents médicaux complets
ont été établis pour chaque enfant à l'âge
de 8 ans, et divers paramètres hématologiques et immunitaires
ont été mesurés, notamment le taux d'hémoglobine,
la numération érythrocytaire, ainsi que la numération
des globules blancs et des plaquettes. Tout effet clinique possible,
telles infections ou allergies, a aussi été documenté.
Enfin, d'autres facteurs ayant une incidence sur la fonction immunitaire
ont aussi été examinés durant l'analyse, notamment
les taux de mercure dans l'urine et de plomb dans le sang, ainsi que
la consommation de tabac par la mère durant la grossesse.
Les données
obtenues semblent indiquer que les enfants exposés à des
taux plus élevés de dioxines - que ce soit avant (p =
0,023) ou après (p = 0,030) la naissance - ont été
moins susceptibles de souffrir d'allergies. Toutes les allergies observées
l'ont été chez des enfants de sexe féminin, et
une analyse portant exclusivement sur les sujets de sexe féminin
a révélé là encore une baisse sensible des
allergies associée à une exposition à des dioxines
avant (p = 0,008) et après (p = 0,006) la naissance. Par contre,
aucune association n'a été établie entre les taux
de dioxines et les autres effets cliniques étudiés, que
ce soit les otites, la pneumonie ou la varicelle.
Les résultats
des analyses hématologiques établissent un lien entre
la baisse sensible du nombre de plaquettes et l'augmentation de l'exposition
aux dioxines durant la période postnatale (p = 0,04). Cette observation
est similaire à celle qu'avaient faite Pluim et al. en 1994,
auprès du même groupe d'enfants alors âgés
seulement de 11 semaines. Une hausse sensible du taux de thrombopoïétine
(une hormone qui régule la production de plaquettes) a aussi
été associée à l'exposition cumulative postnatale
aux dioxines (p = 0,03). En ce qui a trait aux paramètres immunologiques,
une corrélation a été établie entre la hausse
sensible du nombre de cellules CD4 positives (lymphocytes T auxiliaires)
(p = 0,006) et de cellules CD45RA (p = 0,019) et l'augmentation de l'exposition
postnatale.
La présente
étude est importante, car peu de recherches ont examiné
les effets immunotoxiques des contaminants environnementaux chez les
humains. La diminution des allergies et l'augmentation des lymphocytes
T4 observées dans cette étude pourraient indiquer que
les dioxines interfèrent avec le système immunitaire.
Il est possible, toutefois, que d'autres facteurs - comme la petite
taille de l'échantillon, d'autres expositions concomitantes et
des facteurs liés au style de vie - aient eu une incidence sur
les résultats, lesquels indiquent en outre que les dioxines pourraient
nuire à la production de plaquettes, d'où l'augmentation
de la production de thrombopoïétine. Enfin, même si
toutes les données sur la numération plaquettaire se situent
dans un intervalle clinique acceptable, il n'en demeure pas moins que
l'effet persistant des dioxines sur la numération plaquettaire,
à 11 semaines et à 8 ans, est étonnant et justifie
un suivi.