Auteurs
Laura Torres-Arreola MD, M. Sc., Gertrud Berkowitz Ph. D., Luisa Torres-Sánchez
M. Sc., Malaquías López-Cervantes Ph.D., Mariano E. Cebrián
Ph.D., Marisela Uribe B.Sc., et Lizbeth López-Carrillo DR., Ph.D.
Titre
" Preterm Birth in Relation to Maternal Organochlorine Serum Levels
"
Journal
Annals of Epidemiology, 13: 158-62, 2003.
Sommaire
De nombreuses études sur des animaux et études sur le
passage transplacentaire chez les humains, réalisées à
travers le monde, ont documenté la toxicité pour la reproduction
des pesticides organochlorés comme le bêta-hexachlorocyclohexane
(bêta-HCH), l'hexachlorure de benzène (HCB) et le 1,1-dichloro-2,2-bis(p-chlorophényl)éthylène
(p,p-DDE). Les organochlorés peuvent avoir des effets sur la
fertilité féminine à chaque phase de la reproduction,
par exemple en causant des troubles hormonaux ou en empêchant
l'ovulation et la grossesse. Ces composés peuvent également
provoquer des avortements spontanés et des naissances prématurées.
Même si des études précédentes avaient démontré
que l'élévation des taux sériques de p,p-DDE augmentait
le risque de naissance prématurée et d'avortement spontané
chez les humains, ces études avaient été basées
sur des populations restreintes et elles n'avaient généralement
pas tenu compte des facteurs de confusion. La naissance prématurée
est un important déterminant de la mortalité infantile
et constitue un grave problème de santé publique au Mexique.
La présente
étude avait pour but d'évaluer l'association entre les
naissances prématurées et les taux sériques de
p,p DDE, de bêta-HCH et de HCB chez des femmes du Mexique. Cette
étude cas-cohorte a porté sur 233 femmes recrutées
dans trois grands hôpitaux de gynécologie-obstétrique
de la ville de Mexico, en 1995. Cent femmes ayant accouché prématurément
ont été choisies pour former le groupe des cas, l'accouchement
prématuré étant ici défini comme une grossesse
de moins de 37 semaines, sans égard au poids du bébé,
l'âge gestationnel étant calculé à partir
de la date des dernières menstruations. Le groupe témoin
a été constitué de 133 femmes ayant accouché
à terme. Diverses variables ont été prises en considération
dans cette étude, notamment l'âge, le niveau de scolarité
et l'état matrimonial de la mère, le rang de naissance,
les antécédents d'avortement et de naissance prématurée,
le faible poids à la naissance, le poids de la mère avant
la grossesse, les soins prénatals, le tabagisme, ainsi que la
prise de suppléments de calcium et de fer durant la grossesse.
Les taux de p,p-DDE,
de bêta-HCH et de HCB ont été mesurés dans
le sang de la mère par chromatographie en phase gazeuse, le sang
veineux étant prélevé dans les 24 heures suivant
l'accouchement. Les concentrations en organochlorés ont été
exprimées en nanogrammes par millilitre (ng/mL) de sérum,
puis elles ont été réparties par intervalles de
concentration selon la distribution observée chez les témoins.
Les taux de p,p-DDE, de bêta-HCH et de HCB, corrigés en
fonction de la teneur en lipides, ont été analysés
par détermination gravimétrique et ils ont été
exprimés en ppb par poids des lipides (ng/g). L'association entre
les taux sériques de p,p-DDE, de bêta-HCH et de HCB et
la naissance prématurée a été estimée
par analyse de régression, après avoir tenu compte de
divers facteurs importants qui peuvent avoir une incidence sur le moment
de l'accouchement, y compris le poids de la mère avant la grossesse,
les antécédents de naissance prématurée,
les soins prénatals et le rang de naissance.
De façon générale, cette étude n'a pas démontré
de lien entre les taux sériques de HCB chez la mère et
l'accouchement prématuré. Par contre, un risque accru
- quoique non significatif - de naissance prématurée a
été associé à une élévation
des taux sériques de p,p DDE (rapport de cotes corrigé
(RC) = 1,67; intervalle de confiance (IC) à 95 % = 0,84-3,31).
D'autres données ont semblé indiquer que les femmes affichant
les taux les plus élevés de bêta-HCH présentaient
un risque de naissances prématurées plus élevé
que celles affichant les taux les plus faibles (RC = 1,85; IC à
95 % = 0,94-3,66; valeur de p pour la tendance = 0,08). Cette étude
a en outre révélé que le risque de naissance prématurée
- dans l'ensemble de la population - était deux fois plus élevé
chez les femmes qui pesaient moins de 50 kg avant la grossesse que chez
celles qui en pesaient plus de 60 (RC = 2,06; IC à 95 % = 1,02-4,16).
Aucune association n'a été observée entre les naissances
prématurées et le tabagisme ou la prise de suppléments
de calcium ou de fer durant la grossesse.
Parmi les explications susceptibles d'expliquer ces résultats,
Laura Torres-Arreola et al. invoquent la possibilité que le p,p-DDE
produise l'effet d'un puissant antagoniste des récepteurs androgéniques
qui bloque la liaison de la progestérone à ses récepteurs,
ce qui pourrait avoir une incidence sur la durée de la grossesse.
La présente étude n'écarte cependant pas la possibilité
que des facteurs inconnus, comme d'autres substances toxiques présentes
dans l'environnement (plomb, autres organochlorés), puissent
être associés au risque d'accouchement prématuré
chez les femmes mexicaines.
L'exposition des femmes à des composés organochlorés
a amené certains à craindre que ces composés puissent
avoir des effets obstétricaux négatifs et causer, par
exemple, un retard de croissance intra-utérine, un faible poids
à la naissance ou une naissance prématurée. Cependant,
pour être en mesure d'établir un lien entre l'exposition
de la mère à des contaminants organochlorés et
la manifestation d'effets obstétricaux négatifs, dans
la population en général qui est exposée à
des concentrations de fond, il faudrait mener une étude sur des
milliers de sujets, ce qui serait long et d'un coût prohibitif.
Par conséquent, même si les études comme celle présentée
ici portent sur des femmes qui ont été exposées
à des doses supérieures aux niveaux de fond mesurés
dans les études menées de nos jours, ces études
antérieures sont néanmoins importantes, car elles permettent
d'étudier un échantillon d'une taille plus pratique, sur
une plus courte période. Donc, même si les résultats
de ces études antérieures ne permettent pas nécessairement
de conclure, par extrapolation, quels effets négatifs pourraient
être observés dans des populations exposées à
des concentrations plus faibles, les données obtenues prouvent
que ces produits chimiques peuvent avoir des effets nocifs sur la santé
humaine et elles permettent d'établir les scénarios d'exposition
susceptibles de donner lieu à ces effets. Ces études peuvent
également aider à définir ce sur quoi devrait porter
les recherches futures afin de déterminer les agents toxiques
responsables et leur mécanisme d'action. La présente étude
cas-cohorte est particulièrement importante, car elle a examiné
le lien avec l'exposition à plusieurs composés organochlorés
qui continuent d'être décelés dans les tissus humains
et chez les bébés prématurés, même
si leur usage est interdit depuis des décennies en Amérique
du Nord. Le taux de naissances prématurées est en hausse
et, même si de nombreux facteurs pourraient expliquer ce phénomène,
on ne peut exclure le rôle des contaminants environnementaux.
Il faut au contraire examiner ce lien potentiel, d'autant plus que les
effets associés à ces substances pourraient être
évitables.