Auteurs
M. Vrijheid, B. Armstrong, H. Dolk, M. van Tongeren et B. Botting
Titre
" Risk of hypospadias in relation to maternal occupational exposure
to potential endocrine disrupting chemicals "
Journal
Occupational and Environmental Medicine: 60(8): 543-550, août
2003.
Sommaire
L'hypospadias est une anomalie congénitale qui se caractérise,
chez les garçons, par une ouverture anormale du méat urétral
sur la face inférieure de la verge, n'importe où entre
le gland et le périnée. La prévalence de l'hypospadias
et d'autres anomalies connexes - comme la cryptorchidie (testicules
non descendus), le cancer des testicules et la stérilité
masculine - est en hausse en Europe et aux États Unis, et certains
voient dans cette progression un lien avec l'exposition aux perturbateurs
endocriniens. Les agriculteurs et les jardiniers sont deux groupes de
travailleurs qui inquiètent tout particulièrement, du
fait qu'ils sont exposés à des pesticides ayant des propriétés
perturbatrices endocriniennes. Les résultats des études
menées à ce jour ne sont toutefois pas concluants.
La présente
étude est la première à examiner le lien entre
la profession de la mère, l'exposition à des perturbateurs
endocriniens chimiques potentiels et le risque d'hypospadias, en Angleterre
et au pays de Galles. Cette étude s'appuie sur les données
recueillies par le National Congenital Anomaly System (NCAS), entre
1980 et 1996. Le codage des professions a été réalisé
à l'aide des systèmes de classification C080 et OC90,
appliqués respectivement aux décennies 1980 et 1990. Les
codes de la classification OC90 ont ensuite été convertis
en codes C080, ce qui a donné 348 titres de postes à analyser.
De plus, une matrice d'exposition professionnelle a été
conçue expressément aux fins de l'étude, pour classer
chaque code de profession en fonction de la probabilité d'exposition
(improbable, possible ou probable) aux perturbateurs endocriniens, ces
composés incluant des pesticides, des composés organiques
polychlorés, des phtalates, des alkylphénols, des biphénols,
des métaux lourds (cadmium, plomb et mercure) et autres perturbateurs
hormonaux chimiques. En 1990, l'Office of National Statistics (ONS)
décida d'adopter un critère plus rigoureux afin d'exclure
les anomalies congénitales mineures (comme l'hypospadias glandulaire);
ceci eut pour effet de créer deux groupes de cas distincts :
soit le groupe avant 1990 et le groupe post 1990. Chacune des deux périodes
(1980-1989 et 1992-1996) a donc été analysée séparément,
puis une analyse a été faite des deux périodes
combinées. Les cas pour lesquels on ne possédait pas d'information
sur la profession de la mère, de même que les districts
pour lesquels les données sur la profession laissaient à
désirer, ont été exclus de l'analyse.
L'analyse principale
avait pour but de déterminer la proportion d'anomalies congénitales
(hypospadias) par code de profession et par catégorie d'exposition
aux perturbateurs endocriniens chimiques. Les résultats obtenus
ont ensuite été vérifiés au moyen d'une
analyse complémentaire utilisant le nombre de naissances vivantes
comme dénominateur, pour estimer les proportions d'anomalies
durant la période 1992 1996. L'analyse principale a porté
au total sur 2 794 cas d'hypospadias et 29 250 anomalies congénitales,
contre 889 cas d'hypospadias et 181 964 naissances vivantes pour l'analyse
complémentaire. Le rapport entre les cas d'hypospadias observés
et les cas prévus (O/P), pour chaque titre de poste, a été
estimé, puis corrigé par régression logistique
en fonction de divers facteurs potentiellement confondants, comme l'année
de naissance, la région, l'âge de la mère, la classe
sociale de la mère, la classe sociale du père et l'indice
de défavorisation basé sur le quartier de résidence
(seulement pour la période 1992-1996). Les limites de confiance
ont été calculées à l'aide de la loi binomiale
exacte, et l'hétérogénéité des rapports
entre les cas observés et les cas prévus a été
évaluée par régression binomiale négative.
Une tendance à
la hausse des cas d'hypospadias a été rapportée
entre 1980 et 1989, et une tendance similaire a été observée
en fonction de la classe sociale de la mère (progression du nombre
de cas, depuis les catégories professionnelles vers les emplois
non spécialisés). L'analyse proportionnelle des cas d'hypospadias,
en fonction des 348 codes de profession, laissait croire à un
risque accru d'hypospadias dans les groupes professionnels suivants
: conseillers en gestion (1980-1989 et toutes années confondues);
spécialistes en sciences physiques et sciences de la terre (1980-1989
seulement), tailleurs et couturiers (1980-1989 et toutes années
confondues), coiffeurs (1992-1996, avant correction en fonction de la
classe sociale de la mère) et formateurs professionnels et en
industrie (toutes années confondues). À noter que les
coiffeurs représentent le plus vaste groupe professionnel associé
à une exposition probable à des perturbateurs endocriniens.
L'analyse des sept catégories de perturbateurs endocriniens,
examinés séparément et globalement, n'a révélé
aucune augmentation de la proportion de cas d'hypospadias dans les groupes
d'exposition possible et probable par rapport au groupe d'exposition
improbable. On note par contre une grande hétérogénéité
dans les rapports de cotes calculés pour les phtalates, entre
1980-1989 et 1992-1996, mais cet effet pourrait être dû
en partie aux différences dans les types d'hypospadias étudiés.
Cette différence disparaît toutefois après correction
des données en fonction de la classe sociale de la mère.
Enfin, l'utilisation des naissances vivantes comme dénominateurs
n'a donné aucun résultat significatif, sauf dans le cas
des alkylphénols où une tendance significative a été
observée avant correction des données en fonction de la
classe sociale de la mère.
La possibilité
d'erreurs de classification de l'exposition (aux perturbateurs endocriniens),
de même que le risque de biais dû à des données
incomplètes sur la profession, sont deux lacunes majeures de
cette étude. Cependant, les erreurs de classification par la
matrice d'exposition professionnelle sont habituellement non différentielles,
de sorte que les estimations tendent vers zéro. Quant aux données
incomplètes sur la profession, cette lacune pourrait entraîner
des erreurs différentielles de classification si la déclaration
de l'anomalie congénitale dépendait de la profession,
et le biais pourrait alors aller dans l'une ou l'autre direction. L'utilisation
des anomalies congénitales comme dénominateurs pour calculer
les proportions d'anomalies a toutefois réduit le risque de biais
d'information dans cette étude; par contre, l'inclusion des anomalies
congénitales associées à l'exposition dans le groupe
témoin aurait pour effet de sous estimer le rapport de cotes
mesurant l'association entre l'hypospadias et les perturbateurs endocriniens.
Bien que cette étude
semble indiquer un risque plus élevé d'hypospadias chez
les enfants des coiffeuses et autres professions liées à
une exposition aux phtalates, il convient d'interpréter ces résultats
avec prudence, en raison des multiples comparaisons, de l'absence de
résultats cohérents entre les différentes périodes
examinées, de l'absence d'hétérogénéité
significative globale et de l'imprécision de la classification
de l'exposition (aux perturbateurs endocriniens) par la matrice d'exposition,
laquelle n'a pas tenu compte de la durée et de la période
d'exposition, ni des tâches précises exécutées.
Enfin, la signification de ces résultats dans la population en
général demeure incertaine, car l'exposition aux perturbateurs
endocriniens y est plus faible.