Auteurs
Wiedner, I.S., Møller, H., Jensen, T.K., Skakkebýk, N.E.
Titre
Cryptorchidie et hypospadias chez les garçons de jardiniers et
d'agriculteurs
Journal
Environmental Health Perspectives. Vol. 106, no 12, décembre
1998
Sommaire
Des études récentes sur des animaux ont démontré
que l'exposition aux strogènes durant la gestation peut
causer la cryptorchidie et l'hypospadias chez les descendants. Un certain
nombre de produits chimiques utilisés en agriculture ont fait
l'objet d'études visant à déterminer les effets
strogéniques et l'activité hormonale de ces substances.
De là est venue l'hypothèse voulant que l'exposition de
la mère à des pesticides strogéniques, par
le biais du jardinage et de l'agriculture, pourrait accroître
le risque de ces anomalies de l'appareil génito-urinaire chez
les descendants de sexe masculin.
Wiedner et al. ont
mené une étude cas-témoin basée sur registre,
qui avait pour but de vérifier l'hypothèse selon laquelle
l'exposition du père et de la mère à des pesticides,
par le biais du jardinage et de l'agriculture, augmente les risques
de cryptorchidie et d'hypospadias chez les descendants de sexe masculin.
Au total, 6 177 cas de cryptorchidie, 1 345 cas d'hypospadias et 92
cas présentant ces deux anomalies ont été recensés.
Les cas incluent tous les enfants de sexe masculin qui, entre 1983 et
1992, ont obtenu leur congé de l'hôpital avec un diagnostic
de cryptorchidie ou d'hypospadias et de toutes les variantes de ces
affections, selon les définitions figurant dans la Classification
internationale des maladies de l'OMS, 8e et 10e versions, ainsi que
les enfants ayant subi une intervention chirurgicale pour corriger la
cryptorchidie ou l'hypospadias. Les cas ont été identifiés
à partir des données sur les congés des hôpitaux
du registre national des malades du Danemark, ainsi que du registre
danois des malformations dans lequel sont consignées les anomalies
observées durant la première année de vie. Toutes
les données sur les facteurs de risque ont été
obtenues de la base de données sur la fertilité de Statistique
Danemark, ainsi qu'auprès d'un groupe témoin (n = 23 272)
choisi de façon aléatoire et excluant les cas incidents.
Les données sur la profession des parents, dans les domaines
de l'agriculture et du jardinage, ont été obtenues des
fiches d'information des services fiscaux. Le secteur du jardinage inclut
le travail dans les serres, les jardins extérieurs, les vergers
et les pépinières. Les données ont été
analysées à l'aide de tableaux de contingence et par régression
logistique non conditionnelle. Une analyse multivariables a aussi été
faite en utilisant plusieurs variables confusionnelles, incluant l'année
de naissance, ceci augmentant la probabilité qu'un diagnostic
de cryptorchidie ou d'hypospadias soit posé.
Un risque accru
de cryptorchidie (OR = 1,38; IC = 1,10-1,73) a été observé
chez les garçons nés de mères travaillant dans
le domaine de l'agriculture ou du jardinage. Cependant, malgré
le risque important observé chez les enfants nés de femmes
travaillant dans le domaine du jardinage (OR = 1,67; IC = 1,14-2,57),
la prévalence des femmes exerçant le métier de
jardinier est très faible (0,4 %) et la proportion des cas de
cryptorchidie imputables à la profession de la mère n'a
été que de 0,3 % environ. Par ailleurs, le fait pour la
mère de travailler dans le domaine de l'agriculture ou du jardinage
n'a pas augmenté le risque d'hypospadias chez les enfants de
sexe masculin, et la profession du père n'a eu aucun effet sur
le risque de l'une ou l'autre de ces deux anomalies congénitales.
Afin de déterminer le taux d'erreurs de diagnostic, l'analyse
a été répétée en n'incluant que les
cas de cryptorchidie pour lesquels le dossier médical faisait
état d'un traitement chirurgical de la cryptorchidie, afin d'exclure
les garçons chez qui la descente testiculaire s'est faite spontanément
avant l'âge d'un an. Cette dernière analyse a révélé
un risque toujours plus élevé chez les enfants de mères
travaillant en agriculture ou jardinage, mais l'intervalle de confiance
est devenu plus grand.
Bien que ces résultats
ne représentent qu'une faible proportion seulement des cas de
cryptorchidie au Danemark, les auteurs notent que leurs conclusions
viennent corroborer des études antérieures ayant fait
état d'un lien entre un risque accru de malformations génito-urinaires
chez les garçons et l'exposition à des pesticides in utero.
L'absence de mesures directes de l'exposition limite toutefois les conclusions
qui peuvent être tirées de cette étude. Il n'existe
en effet qu'un risque potentiel que ces femmes aient été
exposées à des pesticides, et d'autres facteurs pourraient
être en cause. D'autres recherches fournissant des mesures plus
précises de l'exposition aideraient à mieux préciser
le lien entre l'exposition de la mère aux pesticides et la manifestation
de la cryptorchidie chez les descendants de sexe masculin.