Auteurs
Otto Wong et Gerhard Raabe.
Titre
Analyse critique de l’épidémiologie du cancer dans
l’industrie pétrolière et méta-analyse d’une
base de données combinée, réunissant plus de 350
000 travailleurs
Journal
Regulatory Toxicology and Pharmacology 32, 78-98 (2000).
Sommaire
Plusieurs hydrocarbures aromatiques aliphatiques et polycycliques ont
été décelés dans l’air de milieux
de travail précis de l’industrie pétrolière.
Il existe des données suffisantes établissant la cancérogénicité
de plusieurs hydrocarbures aromatiques polycycliques chez des animaux
d’expérience. On possède en revanche peu de données
sur le risque de cancer associé au travail dans les raffineries
de pétrole. De même, il n’existe aucune certitude
scientifique quant aux effets toxicologiques de divers produits pétrochimiques
sur le système endocrinien. On sait par contre que plusieurs
composés produits à partir du pétrole brut ont
des propriétés androgènes ou œstrogéniques
(p. ex., le benzopyrène et le thirame).
Les données
actuelles, qui évaluent le lien supposé entre des substances
exogènes à action hormonale et le cancer chez les humains,
se limitent essentiellement à des études sur l’exposition
à des composés organochlorés (c.-à-d., le
DDT et les BPC). La présente étude est utile en ce qu’elle
fournit des données sur le lien entre la mortalité due
au cancer de la prostate et l’exposition professionnelle.
En 1989, les auteurs
de la présente étude ont publié une revue de l’épidémiologie
du cancer chez les travailleurs de l’industrie pétrolière,
incluant une méta-analyse en fonction du siège du cancer.
La présente étude avait pour but de mettre à jour
les résultats de l’étude de 1989 et de faire une
méta-analyse des cas de cancer (autres que les leucémies
et les lymphomes) par le biais d’études de cohortes formées
de travailleurs de l’industrie pétrolière. Au total,
28 cohortes ont été incluses dans l’analyse qui
réunit l’ensemble des études de cohortes sur la
mortalité, qui ont été menées au Canada,
aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie, en Suède,
en Finlande et en Italie. La base de données combinée
porte sur plus de 350 000 travailleurs du pétrole, durant une
période d'observation de 60 ans (1937-1996), et plus de
sept millions d'années-personnes à risque. Les travailleurs
de plus de 60 raffineries (~266 000) forment la majorité des
membres de toutes les cohortes. Les autres travailleurs sont des employés
des secteurs de la distribution (transport de l'essence) ou du
pétrole brut (secteur amont et production).
Toutes les études
de cohortes incluses dans la présente analyse sont similaires,
pour ce qui est du plan d'étude, de l'exposition,
ainsi que des méthodes de collecte des données, de définition
des cohortes, de classification des maladies et d'analyse. Il
a cependant été impossible de faire une méta-analyse
des différentes études en fonction de la durée
d'emploi à cause des variations dans ce paramètre.
La méta-analyse avait pour but d'établir une mesure
sommaire du risque (MSR) pour plusieurs types de cancer, incluant les
cancers de l'estomac, du gros intestin, du foie, du pancréas,
des poumons, de la peau, de la prostate, de la vessie, du rein et du
cerveau. Les auteurs n'ont constaté aucun accroissement
de la mesure sommaire du risque pour ces types de cancer, toutes les
mesures étant en fait inférieures à l'unité.
Dans l'ensemble,
une mortalité élevée due au cancer de la peau a
été observée chez les travailleurs de l'industrie
pétrolière (MSR = 1,1; IC à 95 % = 1,0-1,2). De
même, la mortalité due au mélanome a été
sensiblement élevée chez un groupe de travailleurs des
raffineries du Royaume-Uni (MSR = 1,8; IC à 95 % = 1,2-2,5) et
chez les employés du secteur amont au Canada (MSR = 6,0; IC à
95 % = 2,2-13). Les auteurs de ces deux dernières études
ont cependant été incapables d'associer la hausse
de la mortalité due au mélanome à quelque exposition
précise. Les auteurs de l'étude canadienne ont toutefois
établi un lien entre le contact de la peau et plusieurs sources
possibles d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) complexes,
incluant le pétrole brut, les boues de forage et le gaz naturel.
Une hausse sensible
de la mortalité due au cancer de la prostate a été
signalée dans un groupe de travailleurs de raffineries des États-Unis
(MSR = 1,4; IC à 95 % = 1,0-1,9), ainsi que dans un groupe d'employés
temporaires de plusieurs métiers, incluant des préposés
aux pompes (MSR = 2,0; IC à 95 % = 1,0-3,3) et des débardeurs
(MSR = 1,7; IC à 95 % = 1,1-2,4). Cependant, l'absence
de lien significatif en fonction de la durée d'emploi chez
ces travailleurs laisse croire que le risque accru n'est pas associé
à une exposition professionnelle. Des études épidémiologiques
chez les humains ont mis en cause plusieurs composés à
action hormonale, comme facteurs de risque de divers cancers. Les mécanismes
d'action n'ont toutefois pas été déterminés
et les résultats ne sont pas cohérents. Or s'il
existe vraiment un lien entre ces composés et l'apparition
du cancer chez les humains, leur activité devrait se remarquer
principalement dans les tissus reconnus pour être des cibles des
hormones stéroïdes sexuelles (c.-à-d., la prostate).
Les conclusions présentées dans ce rapport ne corroborent
toutefois pas cette allégation.