Auteurs
Wu, T., G.M. Buck et P. Mendola
Titre
" Blood lead levels and sexual maturation in U.S. girls: The Third National
Health and Nutrition Examination Survey, 1988-94 "
Journal
Environmental Health Perspectives, version en ligne, 4 février 2003
Résumé
Le plomb est un contaminant très répandu, reconnu pour
ses effets neurotoxiques à faibles doses. Selon le U.S. Centers
for Disease Control, un taux élevé en plomb est un taux
sanguin supérieur à 10 ug/dL. Des études expérimentales
antérieures avaient semblé indiquer un lien entre l'exposition
au plomb durant la période prénatale ou l'enfance et le
retard de la puberté et de la maturation sexuelle. Cependant,
les taux d'exposition durant ces études n'ont pas été
clairement définis ou ils étaient trop élevés
pour être réalistes, rendant ces résultats inapplicables
aux humains. Peu d'études sur les humains ont examiné
les effets subtils, s'il en est, du plomb sur la puberté et la
maturation sexuelle.
La présente
étude avait pour but d'établir une comparaison entre les
taux sanguins de plomb et les étapes de la puberté chez
des jeunes Américaines, à partir des données recueillies
dans le cadre de la Third National Health and Nutrition Examination
Survey, 1988-94 (NHANES III). Cette enquête transversale a utilisé
un plan d'échantillonnage probabiliste à plusieurs degrés
pour sélectionner des sujets représentatifs de personnes
vivant (hors-établissements) dans cinq États américains
et le District de Columbia. L'étude a porté sur 1 706
filles âgées de 8 à 16 ans dont les taux sanguins
étaient connus et chez qui la phase de la puberté a été
déterminée selon la classification de Marshall et Tanner
(1969, 1970). L'apparition des règles a été vérifiée
chez les filles âgées de 10 ans et plus (n = 1 235 des
1 706 filles), et des échantillons de sang ont été
prélevés durant chaque examen physique.
D'autres facteurs,
comme la race ou l'ethnicité, l'âge, la taille de la famille,
le lieu de résidence, le ratio de revenu par rapport au seuil
de pauvreté, l'indice de masse corporelle et le plan de l'étude,
ont aussi été pris en considération. Les taux sanguins
de plomb ont varié entre 0,7 et 21,7 ug/dL. Les résultats
montrent que les fillettes à un stade pubertaire moins avancé
ont eu tendance à présenter des taux plus élevés
de plomb dans le sang. Ainsi, une corrélation négative
a été établie entre, d'une part, des taux de plomb
dans le sang variant entre 2,1-4,9 ug/L et 5,0-21,7 ug/L et, d'autre
part, l'apparition de la pilosité pubienne (OR = 0,48; IC à
95 % = 0,25-0,92 et OR = 0,27; IC à 95 % = 0,08-0,93) et des
menstruations (OR = 0,42; IC à 95 % = 0,18-0,97 et OR = 0,19;
IC à 95 % = 0,08-0,43). Aucun lien n'a été établi
avec le développement des seins.
Élément
important, cette étude est basée sur les taux sanguins
mesurés directement, ce qui fournit une mesure plus exacte de
l'exposition. Les résultats obtenus semblent indiquer un lien
négatif entre l'apparition de la pilosité pubienne et
des menstruations et des taux de plomb dans le sang s'établissant
entre 2,1 et 21,7 ug/dL. Il importe toutefois de tenir compte de deux
aspects avant de tirer quelque conclusion de cette analyse. Premièrement,
on connaît mal le mécanisme biologique par lequel le plomb
pourrait altérer le développement sexuel et la puberté,
et ce mécanisme n'est encore que largement spéculatif.
On sait toutefois que le plomb est neurotoxique à très
faibles concentrations (5 ug/dL et plus); par contre, ses effets sur
les hormones de la reproduction n'apparaissent qu'à une concentration
supérieure à 40 ug/dL. Parmi les mécanismes par
lesquels le plomb pourrait modifier les profils hormonaux, mentionnons
: (1) l'altération des taux de gonadotrophine et (2) la modification
de l'homéostasie intracellulaire du calcium qui provoquerait
une neurotoxicité, laquelle pourrait aussi expliquer les changements
dans la sécrétion de la gonadotrophine. Deuxièmement,
l'élément déclencheur de la puberté reste
à déterminer. Or plusieurs facteurs de risque connus pour
modifier l'apparition de la puberté, notamment le régime
alimentaire, l'état de santé, l'activité physique
et l'exposition aux strogènes, n'ont pas été
examinés ici. Cette étude justifie malgré tout
la poursuite des recherches sur les mécanismes par lesquels le
plomb pourrait altérer la puberté.