Auteurs
Xiaomei Ma, Patricia A. Buffler, Robert B. Gunier, Gary Dahl, Martyn
T. Smith, Kyndaron Reinier et Peggy Reynolds
Titre
" Critical windows of exposure to household pesticides and the
risk of childhood leukemia "
Journal
Environmental Health Perspective, 110: 955-960, 2002.
Sommaire
La Northern California Childhood Leukemia Study (NCCLS) a pour but d'examiner
le rôle étiologique de l'exposition aux pesticides d'usage
domestique en regard du risque de leucémie infantile. Bien que
de nombreuses études aient examiné le lien entre l'exposition
aux pesticides domestiques et la leucémie infantile, leurs résultats
ne sont ni concluants, ni cohérents, de sorte qu'il est difficile
de préciser le rôle des pesticides dans l'étiologie
de ce cancer. Ce manque de cohérence des résultats est
attribuable aux limites des études antérieures, notamment
au faible nombre de cas étudiés, aux plans d'étude
utilisés, aux problèmes liés à l'évaluation
(de mémoire) de l'exposition aux pesticides domestiques, aux
critères d'appariement, aux méthodes et à la période
de collecte des données, à la définition de l'exposition,
au contrôle du recrutement des sujets, ainsi qu'à l'utilisation
de répondants substituts. La NCCLS a été conçue
de manière à recueillir les données sur l'exposition
aux pesticides d'usage domestique par le biais d'interviews personnelles
réalisées à domicile.
L'étude a
porté sur 162 nouveaux cas de leucémie diagnostiqués
entre 1995 et 1999, ainsi que sur 162 témoins appariés
qui ont été sélectionnés au hasard, à
partir du registre des naissances. Aux fins de cette étude, chaque
pesticide a été classé selon son nom et son usage,
sa fréquence d'utilisation et sa période d'utilisation
(trois mois avant la grossesse, durant la grossesse ou un, deux et trois
ans après la grossesse). Les pesticides et les insecticides ont
également été répartis entre ceux destinés
à des usages professionnels ou individuels, ainsi qu'à
des usages intérieurs ou extérieurs. L'exposition aux
insecticides inclut les services professionnels de lutte antiparasitaire
ainsi que l'utilisation de divers produits visant à éliminer
les fourmis, les mouches, les coquerelles, les araignées, les
termites et les insectes des arbres ou des plantes. Quant aux herbicides,
l'exposition pouvait provenir des services professionnels d'entretien
de la pelouse et de lutte contre les mauvaises herbes, ou encore de
l'utilisation de colliers et autres produits anti puces ou de nébulisateurs.
Les résultats
de cette étude semblent établir un lien entre le recours
à des services professionnels de lutte antiparasitaire et l'augmentation
du risque de leucémie, lorsque l'exposition se produit durant
la période comprise entre un an avant la naissance et trois ans
après (OR = 2,8; intervalle de confiance (IC) à 95 % :
1,4-5,7). Un risque élevé de leucémie infantile
a aussi été associé à l'exposition à
des pesticides à l'intérieur, mais aucun lien significatif
n'a été observé avec l'exposition à l'extérieur.
De même, aucune association n'a été rapportée
entre l'utilisation de produits anti puces et le risque de leucémie.
Les auteurs de l'étude
ont par ailleurs démontré que le lien entre l'exposition
aux insecticides et le risque de leucémie variait, le risque
le plus élevé ayant été observé lorsque
l'exposition s'était produite durant la grossesse (OR = 2,1;
IC à 95 % : 1,1-4,3), alors qu'il a été le plus
faible lors d'une exposition durant la troisième année
(OR = 1,2; IC à 95 % : 0,7-2,2). L'exposition aux insecticides
a augmenté sensiblement le risque de leucémie durant la
période de quatre ans (à partir d'un an avant la naissance
jusqu'à trois ans après) examinée dans le cadre
de cette étude (OR = 2,2; IC à 95 % : 1,1-4,3), des expositions
plus fréquentes augmentant également les risques. Par
ailleurs, l'exposition aux insecticides durant la grossesse s'est accompagné
d'un risque de leucémie plus élevé que l'exposition
après la grossesse, ce qui laisse croire que le ftus pourrait
être plus sensible aux cancérogènes présents
dans les insecticides utilisés. À ce sujet, certains ont
émis l'hypothèse que des translocations chromosomiques
reliées à la leucémie infantile se produiraient
avant la naissance ou même avant la conception.
Dans l'ensemble,
le plan de cette étude cas témoins avait pour but de réduire
les biais généraux des études épidémiologiques
dus aux erreurs de classification de l'exposition, d'établir
une distinction entre les risques associés aux différents
types de produits antiparasitaires et d'insister sur l'importance de
la période et du lieu d'exposition. La NCCLS est une des premières
études qui a tenu compte de la période critique d'exposition,
c. à d., de la période d'exposition aux pesticides d'usage
domestique. Cependant, une des limites de l'étude tient à
l'usage de vastes sous groupes de pesticides et au fait qu'aucun produit
chimique précis n'a été mesuré. De plus,
la petite taille de l'échantillon diminue le niveau de confiance
des résultats obtenus. Malgré ces limites, l'étude
met en lumière un point important sur la perturbation endocrinienne
et le cancer, à savoir que les tests in vitro et ceux réalisés
sur des animaux pour évaluer le pouvoir carcinogène des
ingrédients actifs de ces pesticides ont tendance à donner
des résultats négatifs et laissent croire que ces agents
ne sont pas cancérogènes chez les humains. Si ces résultats
sont confirmés par des études futures, ceci risque de
soulever plusieurs points importants, notamment (1) que les stratégies
d'analyse actuelles ne sont pas assez sensibles pour déceler
les composés qui seront cancérogènes chez les humains;
(2) que les préparations commerciales contiennent des ingrédients
cancérogènes qui n'ont pas été testés
ou (3) que les différents produits chimiques présents
dans les pesticides du commerce interagissent pour causer le cancer.
Pour tenter d'éclaircir ce paradoxe, il pourrait donc s'avérer
nécessaire de commencer par étudier le pouvoir carcinogène
des préparations commerciales de pesticides chez les animaux.