Auteurs
Zhang Y., J. Piece Wise, T. Holford, H. Zie, P. Boyle, S. Hoar Zahm,
J. Rusiecki, K. Zou, B. Zhang, Y. Zhu, P. Owens et T. Zheng
Titre
" Serum Polychorinated Biphenyls, Cytochrome P-450 1A1 Polymorphisms,
and Risk of Breast Cancer in Connecticut Women "
Revue
American Journal of Epidemiology, 160 (12): 1177-1183, 2004
Sommaire
Les biphényles polychorés (BPC) sont de puissants inducteurs
des gènes qui participent au métabolisme des stéroïdes
et des xénobiotques, comme le cytochrome P450 1A1 humain (CYP1A1).
Le CYP1A1 intervient dans le métabolisme des substances environnementales
cancérogènes et les transforme en métabolites hautement
réactifs qui peuvent endommager l'ADN et provoquer, à
la longue, une carcinogenèse. Le CYP1A1 est un gène polymorphe
qui possède au moins sept génotypes variants différents.
Or selon des données épidémiologiques et expérimentales
récentes, le polymorphisme génétique du CYP1A1
pourrait avoir une incidence sur la relation entre l'exposition aux
BPC présents dans l'environnement et le risque de cancer du sein.
Zhang et al. ont
réalisé une étude cas-témoins auprès
de femmes du Connecticut, afin de déterminer si le risque de
cancer du sein était plus élevé chez les femmes
qui avaient des taux plus élevés de BPC et certains génotypes
précis du CYP1A1. Au total, 475 nouveaux cas de cancer du sein
confirmé par voie histologique ont été recensés
à partir des dossiers d'hospitalisation et 502 témoins
ont été choisis au hasard dans les fichiers informatisés
de femmes qui avaient subi une chirurgie du sein mais dont les analyses
histologiques avaient confirmé l'absence de cancer du sein. Un
questionnaire structuré uniformisé a été
utilisé pour recueillir des données sur de possibles facteurs
confusionnels, notamment sur les antécédents en matière
de reproduction et d'allaitement, sur la profession, le régime
alimentaire, les antécédents familiaux de cancer et des
caractéristiques démographiques. Des échantillons
de sang ont aussi été prélevés pour déterminer
les taux de BPC, et des coagulums ont été utilisés
pour le génotypage du CYP1A1. Trois polymorphismes différents
du CYP1A1 (CYP1A1 m1, m2 et m4) ont été identifiés
et ont fait l'objet d'analyses plus poussées pour déterminer
s'il s'agissait du type sauvage (allèle sauvage homozygote) ou
variant (allèle hétérozygote ou allèle variant
homozygote). Les taux sériques de BPC ont été répartis
en deux catégories : faible ou élevé. Une analyse
de régression logistique a été faite pour quantifier
le lien global entre le génotype du CYP1A1, les taux sériques
de BPC et le risque de cancer du sein.
Une augmentation
du double du risque de cancer du sein a été observée
chez les femmes ayant au moins un allèle variant CYP1A1 m2 (rapport
de cotes (RC) = 2,1; intervalle de confiance (IC) à 95 % = 1,1-3,9),
le risque étant plus élevé chez les femmes post-ménopausiques
(RC = 2,4; IC à 95 % = 1,1-5,0). Par contre, aucune augmentation
du risque de cancer du sein n'a été observée chez
les femmes ayant les génotypes variants m1 ou m4, alors que les
femmes ayant le génotype variant CYP1A1 m2 et présentant
des taux sériques élevés de BPC ont présenté
des risques plus élevés que celles ayant de faibles taux
sériques de BPC et l'allèle sauvage CYP1A1 m2 (RC = 3,6;
IC à 95 % = 1,5-8,2), le risque étant là encore
plus élevé chez les femmes post-ménopausiques (RC
= 4,3; IC à 95 % = 1,6-12,0). Chez les femmes qui avaient le
génotype variant m1 et des taux élevés de BPC,
la hausse par rapport aux femmes ayant le génotype sauvage et
de faibles taux de BPC était à la limite de la signification
statistique. Notons enfin qu'aucune hausse du risque de cancer du sein
n'a été observée chez les femmes ayant le génotype
m4, et ce quel que soit le taux sérique de BPC.
Les résultats
de cette étude laissent croire à des modifications d'effets
entre les taux de BPC, le génotype du CYP1A1 et le risque de
cancer du sein. Le CYP1A1 code pour l'enzyme aryl-hydrocarbone-hydroxylase
(AHH), laquelle catalyse la conversion des hydrocarbures aromatiques
en des époxydes potentiellement mutagènes et cancérogènes.
Comme les BPC sont de puissant inducteurs du CYP1A1, l'accroissement
de l'activité du CYP1A1 sous l'effet des BPC pourrait jouer un
rôle important dans le développement du cancer du sein.
Une hausse significative du risque de cancer du sein n'a toutefois été
associée qu'au génotype CYP1A1 m2, lequel s'est révélé
plus facilement inductible que les autres génotypes du CYP1A1
lors d'études expérimentales antérieures. Il pourrait
donc y avoir une explication biologiquement plausible pour étayer
les résultats de cette étude. Ainsi, l'activité
accrue du CYP1A1 provoque une bio-activation maximale des cancérogènes,
ce qui augmente le risque potentiel de cancer.
Plusieurs limites
potentielles doivent être prises en considération dans
l'interprétation des résultats de cette étude.
Comme il s'agit d'une étude cas-témoins, les échantillons
biologiques ont été prélevés après
l'apparition de la maladie. Or les taux de BPC qui ont été
mesurés pourraient ne pas donner un portrait juste de l'exposition
des sujets durant les périodes biologiquement pertinentes, avant
l'apparition de la maladie. Autre limite potentielle, la faible prévalence
du génotype variant limite l'efficacité statistique de
l'étude, vu l'impossibilité de stratifier les données
en fonction des principales variables confusionnelles.
En résumé,
les résultats de cette étude corroborent les résultats
d'enquêtes épidémiologiques récentes, qui
laissent croire à des modifications d'effets potentielles entre
l'exposition aux BPC, le polymorphisme du CYP1A1 m2 et le risque de
cancer du sein. Des études basées sur de plus vastes populations
devront toutefois être réalisées pour déterminer
dans quelle mesure d'autres variables peuvent influer sur l'interaction
entre le CYP1A1 m2 et les BPC.